Jusqu’au 29 juin 2008, théâtre du Rond-Point

Avant même le début de Boliloc, Philippe Genty nous plonge dans son univers via un sketch sonore très réussi, enregistré par deux des comédiens, nous faisant comprendre avec beaucoup d’humour qu’il est l’heure d’éteindre les portables, de ranger les appareils photo et de tout simplement se rendre disponible pour le spectacle. Nous voilà donc tous les sens en éveil, prêts à recevoir. L’introduction (un peu longue) nous présente une ventriloque qui perd peu à peu la maîtrise de ses marionnettes. Celles-ci se retrouvent douées de leur vie propre, et décident de partir explorer l’inconscient de leur créatrice.

Cette idée de départ est excellente et ouvre le champ à toutes sortes de possibilités narratives et visuelles. Mais Philippe Genty a du mal à la développer en une histoire qui se tienne. Bien qu’il tente de rattacher tous les fils dans la scène finale, la majeure partie du temps, il laisse le spectateur se dépatouiller avec une pelote bien emmêlée, voire où se sont glissés des bouts de ficelle qui semblent ne rien avoir à faire là…

A la place d’un récit, nous assistons donc à une série de scènes et de tableaux, qui, s’ils échappent à une structure narrative, sont visuellement époustouflants, navigant entre comédie et poésie. Il y a notamment cette épatante opération menée par un docteur et un infirmier d’une incompétence crasse, dans une veine burlesque que Charlie Chaplin n’aurait certainement pas reniée. Ou ce très beau passage où les deux ex-marionnettes se retrouvent dans le cosmos, flottant dans l’espace avec grâce. Sur un plan technique, la mise en scène de Philippe Gentil et Mary Underwood est inventive, superbe, se jouant des matériaux, des formes, des costumes et des arts – nous sommes à la croisée des genres, le théâtre, le clown, les marionnettes, le mime et la danse. La richesse de leur univers n’est pas sans rappeler celui d’un autre Philippe, Découflé.

Les trois interprètes du spectacle sont des comédiens-danseurs qui amènent une saisissante énergie sur scène. Les deux hommes, Christian Hecq (il vaut le déplacement à lui tout seul) et Scott Koelher forment un duo comique parfaitement huilé, auquel il est difficile de résister. Alice Osborne est une excellente danseuse, mais son jeu d’actrice gagnerait à être plus habité.

Boliloc nous montre que la beauté seule ne suffit pas, elle a un charme indéniable, mais elle n’est pas satisfaisante si elle n’est pas porteuse de sens. Cela me remet en mémoire une citation de l’écrivain Somerset Maugham : « J’aime les histoires avec un commencement, un milieu et une fin. J’ai la faiblesse de croire qu’elles doivent mener quelque part. Je pense que l’atmosphère est une excellente chose mais l’atmosphère sans rien d’autre me fait l’effet d’un cadre sans tableau : elle n’a pas vraiment de raison d’être. » Boliloc est une pierre qui brille de mille feux, mais à laquelle il manque un cœur.

Boliloc de Philippe Genty, mise en scène de Philippe Genty et Mary Underwood, Théâtre du Rond-Point
Avec : Christian Hecq, Scott Koelher, Alice Osborne
Crédit photo : Brigitte Enguerand

Article originellement publié sur Culutrofil.net.

3 réflexions sur “Boliloc de Philippe Genty

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