Jusqu’au 19 juillet 2008, Comédie-Française

Voilà une idée passionnante : dans ce texte, Ödön von Horváth a imaginé la suite de l’histoire que Beaumarchais nous contait dans le Mariage de Figaro. Les choses ne vont pas au mieux pour le valet, sa femme et leurs aristocratiques employeurs, le comte et la comtesse Almavira : la Révolution française les contraint à l’exil, laissant derrière eux terres et fortune. Figaro sent bien que la déchéance et la misère les guette, et décide de mettre à profit ce changement de fortune pour réaliser son vieux rêve d’indépendance. Il va redevenir barbier, assisté par sa femme, qui n’est guère enthousiasmée par cette nouvelle entreprise. Il y a de l’eau dans le gaz dans leur couple, et ce n’est ni l’entêtement de Figaro à refuser à son épouse un enfant, ni le difficile statut d’immigrés qui vont arranger la tournure des évènements : l’heure du divorce approche…

L’avantage des pièces montées dans le prestigieux cadre de la Comédie-Française, c’est qu’elles bénéficient de moyens techniques et financiers que beaucoup leur envient. Les décors sont superbes, la machinerie qui permet de passer d’un cadre à un autre est parfaite, les lumières sont travaillées au millimètre, et les costumes sont d’une grande élégance. Et en sortant de Figaro divorce, on se surprend à se dire qu’il était heureux que tout ce décorum soit là, car si l’on devait l’enlever, il ne resterait pas grand-chose de cette représentation.

Jacques Lassalle est un metteur en scène de talent, mais que l’on a connu nettement plus inspiré. Ici, il a composé de jolis et sobres tableaux, mais qui ne viennent pas toujours nourrir le texte. L’ensemble reste plat. Dans la scène où le comte et Suzanne vont rencontrer une juriste pour obtenir un permis de travail, J. Lasalle ose une touche de folie, mais elle est tellement décalée par rapport au reste de l’univers qu’il a créé qu’elle perd tout son sens. La juriste est joué par l’extraordinaire Loïc Corbery, qui amène un personnage mélangeant l’imagerie nazie et le David Bowie de l’époque Ziggy Stardust : un magnifique numéro d’acteur qui peine à trouver sa place face au jeu vieillot de ses partenaires.

La distribution est très inégale. Si Michel Vuillermoz compose un Figaro juste et touchant, les autres rôles principaux sont joués de façon posée, loin de la sincérité que l’on est en droit d’attendre d’une mise en scène contemporaine. Certaines prestations semblent sorties d’une autre époque, celui d’un théâtre où les acteurs faisaient des clins d’œil appuyés aux spectateurs – or ceux-ci sont maintenant habitués à plus de subtilité. Le public attend donc vainement de ressentir l’amour et les passions qui animent les personnages : nous sommes laissés à distance. Heureusement, des seconds rôles se révèlent de vrais instants de grâce, tels que Claude Mathieu en sage-femme qui ne s’arrête pas aux préjugés du village où elle exerce, ou Denis Podalydès en Pédrille adepte de la doctrine révolutionnaire et de la dive bouteille.

Ce Figaro divorce gagnerait à être balayé d’un vent d’air frais qui viendrait réveiller tous les enjeux dramatiques de la pièce qui nous est présentée dans une version quelque peu poussiéreuse. Quel dommage que l’on ne retrouve pas dans ce spectacle l’enchantement et le modernité de la Mégère apprivoisée de Shakespeare présentée par Oskaras Koršunovas, qui se joue en alternance en ce moment dans cette même salle Richelieu.

Figaro divorce d’Ödön von Horváth, mise en scène de Jacques Lassalle, Comédie-Française.
Avec : Michel Vuillermoz (Figaro), Florence Viala (Suzanne), Bruno Raffaelli (le Comte Almavira), Clotilde de Bayser (la Comtesse), Claude Mathieu (la sage-femme), Denis Podalydès (Pédrille), Loïc Corbery (la Juriste).
Crédit photo Cosimo Mirco Magliocca.

Article originellement publié sur Culturofil.net.

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