Jusqu’au 26 octobre 2008, théâtre du Rond-Point

Basée sur les mémoires de Diana Vreeland, la pièce nous donne à voir cette dame de la mode au moment de sa chute : après des années à la tête du célébrissime magazine Vogue, elle se retrouve remerciée du jour en lendemain, passant du statut de femme dont un mot pouvait faire une carrière à celui de mendiante de luxe. Dans la Divine Miss V., seule dans son salon, avec pour toute arme son téléphone et ses souvenirs, elle tente de maintenir en équilibre son monde qui s’écroule.

Cet univers n’est bien sûr pas sans rappeler le film à succès Le diable s’habille en Prada, dans lequel Meryl Streep composait une implacable directrice de magazine, inspirée d’Anna Wintour. Même si nous retrouvons ici quelques similitudes entre ces deux fortes personnalités, Diana Vreeland vient d’une autre époque, elle est le produit des années 50, le féminisme n’avait pas encore fait sa révolution et elle regarde avec nostalgie sa « période londonienne » où elle était simplement la femme de son mari, occupant ses journées à des essayages – jusqu’à trois pour une chemise de nuit, car c’est la seule façon d’en avoir une mettable, nous explique-t-elle…

Bien sûr, Diana Vreeland est un personnage orgueilleux et superficiel, qui a le sens de la tournure qui fait mouche (« Et le blue-jean ! Le blue-jean, on n’a pas fait mieux depuis l’invention de la gondole ! »). Claire Nadeau fait un joli travail d’interprétation, incluant quelques passages savoureux : ses échanges avec sa servante allemande par le truchement d’un interphone, ou son rendu de la mort du cygne lorsqu’elle évoque le célèbre ballet. L’exercice a néanmoins ses limites : seule en scène pendant une heure et demie à interpréter une femme caractérisée par sa vacuité, l’ensemble finit par gentiment tourner en rond et l’on regrette que Diana n’arrive pas à provoquer plus d’empathie et donc d’intérêt. En effet, les non-dits, notamment lorsqu’elle évoque le décès de son mari, devraient nous bouleverser, mais il ne reste que ça, des non-dits sans deuxième degré – à force de s’être verrouillée à la douleur, Diana s’est aussi verrouillée pour le spectateur.

Pour héberger la Divine Miss V., le metteur en scène Jean-Paul Muel a créé un salon, un bel écrin rouge, car elle « ne peut pas s’imaginer un jour lassée du rouge. Ce serait comme de se fatiguer de l’homme qu’on aime. » Là, chaque objet a sa place, mûrement réfléchie par la maîtresse de maison qui exprime son mal-être en arrangeant encore et encore les plis d’un plaid jeté sur un pouf. A l’image de Diana, l’ensemble de la pièce se regarde avec plaisir, on passe un agréable moment, mais il manque la profondeur qui rendrait cette Divine Miss V. touchante et inoubliable – humaine, en somme.

La Divine Miss V. de Mark Hampton et Mary Louise Wilson, mise en scène de Jean-Paul Muel, théâtre du Rond-Point
Avec Claire Nadeau (Diana Vreeland)

Article originellement publié sur Culturofil.net.

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