Jusqu’au 19 octobre 2008, théâtre de la Commune

Ce spectacle créé l’an passé au théâtre de la Commune y est repris en ce début de saison : une excellente nouvelle pour ceux qui n’avaient pas eu la chance de le voir. Conversations avec ma mère se déroule dans l’Argentine de 2001, un pays dont l’économie vient brusquement de s’effondrer. Jaime est une des multiples victimes de l’effritement social qui s’ensuit. Père de famille habitué à un train de vie aisé, il perd son travail et a bien du mal à trouver l’argent nécessaire pour payer l’école de ses enfants et maintenir le vernis bourgeois de son existence. La solution qu’ils ont trouvée avec sa femme ? Installer la mère de Jaime dans la chambre de bonne, ce qui permettra de libérer l’appartement qu’elle occupe et qui leur appartient : le couple pourra ainsi le vendre et réapprovisionner son compte en banque. Maintenant, reste à Jaime à convaincre sa mère…

Didier Bezace, à la fois comédien et metteur en scène de Conversations avec ma mère, a joué la carte du dépouillement, le décor se résumant à une table et une chaise. Une approche qui met en valeur l’excellent texte de Santiago Carlos Ovés et le travail des acteurs. Les dialogues sont écrits avec finesse, humour – ils débordent d’humanité. Nombreuses sont les répliques que l’on aimerait noter pour se les répéter ensuite jusqu’à plus soif. Et puis il y a les interprètes. Comment ne pas tomber sous le charme d’Isabelle Sadoyan ? Elle compose une mère épatante que l’on a tout de suite envie d’adopter. Déterminé, drôle, poète sans le savoir, surprenant, son personnage semble exister pour nous apprendre la raison déraisonnable. Pourquoi suivre les chemins tout tracés, nous interroge-t-elle ?

Heureusement, l’auteur a su éviter le stéréotype de la vieille femme sage et parfaite. Non, celle-ci a ses obsessions : notamment la mère de sa bru, qu’elle ramène systématiquement sur le tapis pour dire et redire toute l’antipathie qu’elle lui porte. Cette façon qu’elle a, au premier abord, de ne pas sembler entendre son fils. Mais l’amour qui lie ces deux-là est d’une autre qualité. Alors que l’échange avance, parfois chaotiquement, lui se dévêt de ses apparences de nantis, et elle montre qu’elle l’a compris bien au-delà de ce que l’on pouvait imaginer.

Finalement, sur cette table, ce sont leurs âmes que ces deux êtres déposent. Ni toutes blanches, ni toutes noires, elles sont fragiles et fortes, drôles et graves. Elles nous ressemblent, nous rappellent ce que nous pouvons devenir, en bien comme en mal. Elles viennent aussi nous murmurer à l’oreille que ce choix nous appartient, que chacun d’entre nous est un être unique qui a le pouvoir d’assumer ou non sa liberté.

Conversations avec ma mère de Santiago Carlos Ovés, mise en scène de Didier Bezace, théâtre de la Commune
Avec : Didier Bezace (Jaime), Isabelle Sadoyan (la mère)
Crédit photos : B. Enguérand

Article originellement publié sur Culturofil.net.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *