Jusqu’au 20 décembre 2008, théâtre des Bouffes du Nord

Depuis bientôt quarante ans que Luc Bondy fait de la mise en scène, il s’est forgé une solide réputation. Cette reprise de sa dernière production, la Seconde Surprise de l’amour, montre avec quel talent il est capable de revisiter un classique du théâtre français et lui redonner une fraîcheur qui vous laisse avec l’impression d’entendre du Marivaux pour la première fois. Une impression d’autant plus agréable que le monsieur écrivait bien, certains passages résonnant avec une intéressante modernité.

Les prémisses de la Seconde Surprise de l’amour sont très simples : la Marquise est une toute jeune veuve qui pleure son défunt mari, alors que le Chevalier son voisin pleure la perte de sa chère et tendre qui a été promise à un autre. Enveloppés dans leur désespoir respectif, ils jurent de ne plus aimer, mais peut-être peuvent-ils au moins s’offrir le réconfort d’une amitié entre leurs âmes affligées ? Ces deux-là ne sont bien évidemment pas faits pour en rester là, mais, victimes de leur amour propre, des codes sociaux et de leur immaturité, ils n’arrêtent pas de créer eux-mêmes des obstacles à l’évidence de leur amour.

La mise en scène et la direction d’acteur de L. Bondy servent avec puissance le propos de la pièce : tout est là pour nous rappeler que nous avons en face de nous deux adolescents pris dans les tourments de leur âge ; des tourments dramatiques vécus de l’intérieur, gentiment ridicules vus de l’extérieur. La Marquise semble droit sortie d’un film de Tim Burton et le Chevalier d’un groupe dandy pop britannique, des looks qui soulignent avec à propos combien ils se piègent dans leur propre jeu des apparences, dans ce qu’ils croient devoir faire plutôt que ce qu’ils ont réellement envie, et dans le quand dira-t-on. Comme souvent dans les pièces de cette époque, ce sont finalement les serviteurs, Lisette et Lubin, qui se montrent plus clairvoyants sur les sentiments de leur maître et bien plus directs quand il s’agit de leur relation amoureuse – l’intelligence émotionnelle ne s’acquiert définitivement pas avec les titres.

Les comédiens forment un très bel ensemble, il serait injuste d’en mettre un ou une plus particulièrement en avant, ce qui est finalement un des meilleurs compliments que l’on puisse donner à des acteurs. Chacun interprète son rôle avec sa vérité individuelle tout en gardant la cohérence de l’univers créé par le metteur en scène. La troupe n’hésitent pas à en rajouter sur le côté tragi-comique du texte (ah ! les formidables soupirs que poussent la Marquise et le Chevalier !) sans jamais perdre la crédibilité qui rend les personnages attachants.

La Seconde Surprise de l’amour nous parle du long cheminement qui nous amène à non seulement reconnaître nos désirs pour ce qu’ils sont, mais aussi à les assumer, bref, de l’arrivée à la maturité affective. Dans cette version très réussie, L. Bondy et ses comédiens rendent la modernité qu’il mérite à cet apprentissage que tout être doit traverser. Avec l’humour et l’intelligence mis ici à son service, Marivaux brille par sa subtilité psychologique et nous nous régalons de tant de justesse théâtrale et humaine.

La Seconde Surprise de l’amour de Marivaux, mise en scène de Luc Bondy, théâtre des Bouffes du Nord
Avec : Micha Lescot (le Chevalier), Marie Vialle (la Marquise), Audrey Bonnet (Lisette), Roch Leibovici (Lubin), Roger Jendly (le Comte), Pascal Bongard (Hortensius)
Crédit photos : Pascal Victor

Article originellement publié sur Culturofil.net

Une réflexion sur “La Seconde Surprise de l’amour de Marivaux

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