Exposition jusqu’au 13 avril 2009

La bande dessinée dans les musées ? Oui, ça arrive. Dans les musées de bande dessinée. Surtout. Seulement. À part quelques musées d’art moderne qui tentent parfois l’expérience, on ne peut pas dire que le neuvième art ait souvent reçu les honneurs de ces temples de la culture. Alors quand l’un des plus éminents qui soient, le Louvre lui-même, propose une exposition dédiée à cinq auteurs de BD, il ne s’agit pas d’une simple anecdote mais bien d’une véritable reconnaissance.

Petit rappel des faits : depuis 2005, le Louvre a lancé en coopération avec les éditions Futuropolis une collection dédiée à sa propre promotion, avec comme fil rouge « le Louvre au cœur de l’intrigue ». Les auteurs invités à rendre leur hommage à la vénérable institution n’étaient pas vraiment de jeunes inconnus mais des créateurs réputés pour leur sens artistique et leur vision à très grand angle des capacités de leur medium. On a ainsi vu se lancer dans l’aventure Nicolas de Crécy (Léon la Came) avec Période glaciaire, Marc-Antoine Mathieu (Les Aventures de Julius Corentin Acquefaques) avec Les Sous-sols du Révolu et Éric Liberge (Monsieur Mardi-Gras Descendres) avec Aux heures impaires. Résumer ces œuvres prendrait un peu trop de temps, il suffit de savoir que leur qualité est amplement à l’aune de ce que l’on est en droit d’attendre de leurs auteurs.

Ainsi, en attendant la prochaine version signée Jean-Claude Carrière et Bernar Yslaire (Sambre), Le Ciel au-dessus du Louvre, et celle de l’inattendu Hirohiko Araki (Jojo’s Bizarre Adventure), Rohan au Louvre, le musée met une salle à disposition pour exposer les planches de chaque opus, dont certaines en avant-première. Parti pris intéressant : les différentes œuvres ne sont pas présentées de la même façon. Les planches de séquences signées de Crécy et Mathieu sont proposées à la suite dans un même cadre afin de conserver la logique du récit et de mettre en évidence les enchaînements, à la manière des prédelles1 d’un retable. Pour Liberge, les brouillons, rapides et nerveux, sont juxtaposés aux planches finalisées somptueusement mises en couleurs. Yslaire dispose quant à lui d’une installation vidéo permettant de montrer les étapes de la mise en couleurs sur palette graphique (époustouflant !). Enfin, Araki offre au regard des visiteurs quelques diptyques de planches aux designs étonnamment seventies.

Que dire d’une telle installation ? S’il est certain que l’événement est d’importance, ne serait-ce que pour la reconnaissance du neuvième art, on pourrait sans doute regretter qu’il porte sur des œuvres de commande du musée lui-même. Malgré l’incontestable talent des auteurs exposés, on ne peut s’empêcher de penser que ce ne sera sans doute pas demain que l’on verra Winsor McCay, Osamu Tezuka ou Hergé accrochés aux murs de l’ancienne résidence royale. Et pour cause : le statut du musée ne lui permet pas d’exposer des œuvres au-delà de 1848 (d’autres musées parisiens prenant en charge la période postérieure à cette date). Seul l’aspect « hommage » a rendu possible cette exposition. Un véritable effort, donc, et appréciable jusque dans les détails. En effet, si la muséographie est relativement minimaliste, les connaisseurs apprécieront une prouesse rare : alors que la pièce est plongée dans la pénombre, les planches pourtant sous verre sont impeccablement éclairées, sans ombre portée ni autre parasitage visuel. Une autre marque de respect vis-à-vis de la bande dessinée. Et de la part du Louvre, ce n’est pas rien.

Le Petit Dessein – Le Louvre expose la bande dessinée, du 22 janvier au 13 avril 2009, commissaires : Fabrice Douar, adjoint au chef du service des éditions, musée du Louvre, et Sébastien Gnaedig, directeur éditorial, Futuropolis, scénographie : Marc-Antoine Mathieu.

Crédit photographique : © Musée du Louvre

  1. Partie inférieure d’un retable, développée horizontalement, qui sert de support aux panneaux principaux.

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