Présentation de la collection suivie d’une interview de Barbara Canepa.

Quand on parle des éditions Soleil, on pense spontanément à une guerrière-chat à gros nichons partie affronter les forces du mal à grands coups d’épée (merci Boulet !). Eh bien il semble que ce temps-là soit révolu ! Que les fans d’Arleston se rassurent, il reste toujours Lanfeust et ses sept cent soixante-douze séries dérivées, mais entre la plutôt intimiste collection Astrolabe chez Quadrant (entité plus ou moins indépendante fondée par Valérie Mangin et Denis Bajram) et la sublime collection Métamorphose, l’éditeur toulonnais semble bien décidé à compenser un peu son passé ultra commercial.

On a déjà parlé du Billy Brouillard de Guillaume Bianco. Redisons-le encore une fois, la seule chose que l’on peut regretter sur ce livre, c’est qu’il soit sorti trop tard pour postuler au titre de Grand Prix du Festival d’Angoulême. Le Fauve étant revenu au Pinocchio de Winschluss, on évitera de hurler au sacrilège (il faudra un jour évoquer le génie de Winschluss). Reste qu’après un petit entretien avec Barbara Canepa, scénariste de Sky Doll, WITCH et Monster Allergy et désormais directrice de Métamorphose, se profile l’impression terrible que Le Don de trouble vue pourrait bien devenir la moins intéressante des œuvres du label !

Culturofil : Quelle est l’idée directrice de cette nouvelle collection ?

Barbara Canepa : À l’origine, j’avais un projet qui s’appelait End et qui ne trouvait pas sa place chez Soleil. J’ai rencontré deux ou trois auteurs dont les projets recoupaient un peu la même idée et j’ai pensé « pourquoi pas une collection sur le thème du devenir ? » Le nom Métamorphose est venu tout seul, et à partir de là l’esprit de la collection. On va essayer d’appliquer le thème à chaque chose, pas seulement à la mort.

Je me sentais un peu orpheline d’une certaine forme de fantastique victorien, un peu « fin XIXe », de ces contes sombres… pas de monstres épouvantables, quelque chose de romantique. Plus Maupassant que Lovecraft. Le genre est très présent en ce moment, dans tous les médias : en littérature, avec des œuvres comme Coraline de Neil Gaiman, Harry Potter de J. K. Rowling. En lisant les livres jusqu’au bout, on se rend compte que le thème de la série, c’est la mort. S’il fallait lui trouver une place dans la littérature, c’est quasiment un livre gothique : les lamentations, les monstres… On retrouve aussi ce genre au cinéma, avec des films comme Twilight – bon, c’est un mauvais exemple, le film est très mauvais, les livres sont mieux – ou L’Étrange Noël de M. Jack… Bref, c’est quelque chose qui est dans l’air, mais je ne trouvais pas d’équivalent en bande dessinée. Et je connais beaucoup de gens qui en ont aussi envie. Alors j’ai formé ma petite équipe d’auteurs et voilà. Normalement nous ne sortirons pas plus de quatre livres par an, afin d’assurer la qualité.

Culturofil : Oui, la qualité de Billy Brouillard est étonnante, c’est quasiment un livre de luxe !

B.C. : Le papier de Billy Brouillard est un des papiers les plus chers du monde, un matériau recyclé en Suède. Si on en achète une certaine qualité, l’entreprise qui le vend plante des arbres1. Par contre, il faut attendre un mois entre chaque réimpression, le double du délai habituel. Mais je trouve que cela vaut le coup. Au début, Soleil était un peu inquiet, mais quand on est arrivé à la troisième réimpression, ils ont commencé à se détendre. Je tenais vraiment à produire un bel objet, le genre de livre qui tient dans le temps, que l’on peut léguer à ses petits-enfants…

Culturofil : Parlons des futurs projets…

B.C. : Il y aura Yaxin the Faun, un projet dont je suis absolument certaine qu’il va cartonner. L’auteur Manuel Arenas est espagnol et vient de l’animation. Il a travaillé avec Hayao Miyazaki. L’histoire est celle d’un petit faune qui cherche à comprendre l’esprit de la nature, pourquoi les êtres vivants doivent mourir, qu’est-ce que la vie, etc. Cette fois, c’est la métamorphose dans la mythologie grecque qui est à l’honneur, dans un style très Princesse Mononoké, Mon voisin Totoro

Ensuite, si j’arrive à m’en sortir, ce sera mon projet End avec Anna Merli, qui comme moi est italienne et a travaillé chez Disney… Cette fois, la thématique est la mort : à treize ans, une petite fille voit ses cheveux blanchir, son chat se transforme en monstre, elle vit dans un monde fantasmagorique et découvre que tout ce qu’elle touche meurt. Un pouvoir qu’on aimerait souvent avoir mais qui n’est pas facile à gérer. Elle va ainsi apprendre le rôle de la mort dans la vie.

Le deuxième Billy Brouillard sera moitié plus court : Billy va rencontrer le père Noël, qui ne veut plus assurer son rôle. Il va également raconter des histoires à sa sœur tous les soirs, le même genre de contes que La Princesse des Flaques d’eau du premier tome. Ce n’est pas vraiment un deuxième épisode, plus un spin-off.

Ensuite Eco, scénarisé par Bianco et dessiné par Jeremy Almanza. J’ai découvert cet artiste sur le net, il a 23 ans et je le déteste (rires). C’est l’histoire d’une enfant qui découvre à 13 ans que son corps s’est transformé. Elle refuse de devenir grande et, puisqu’elle ne peut plus jouer avec, décide de devenir une poupée.

2009 est le bicentenaire de la naissance d’Edgar Allan Poe. Benjamin Lacombe, un jeune auteur de 24 ans qui a fait pas mal d’illustrations jeunesse, va donc illustrer ses contes macabres dans des tableaux à l’huile.

Voilà pour les projets 2009. À part Yaxin, la thématique reste assez sombre…

Pour la suite, nous avons un projet « manga » très spécial, un peu inspiré de Neon Genesis Evangelion. Dans ce dernier, on trouvait des robots à moitié humain. Là c’est pareil : il y a des avions, mais en fait ce sont des espèces de crevette à l’intérieur. L’histoire se déroule pendant la Seconde Guerre mondiale, mais au lieu des nazis, les ennemis sont des lapins roses… L’histoire est très belle et porte aussi une réflexion sur la vie. L’héroïne est un robot qui trouve les avions plus humains qu’elle… Ensuite il y aura La Maison de la nuit, un projet très « Harry Potter », puis une œuvre au long cours de Marco Corona2 qui me tient vraiment à cœur : une espèce de carnet vivant sur la métamorphose dans la littérature, depuis les philosophes antiques. Un travail très complexe, à la Alan Moore, qui devrait faire dans les 300 à 400 pages et s’étaler sur treize ans.

Culturofil : Pour finir, un petit favori dans la sélection d’Angoulême ?

B.C. : J’ai beaucoup aimé le Pinocchio de Winshluss, d’autant plus que je détestais le conte tel que me l’avaient raconté mes parents. Mais le traitement graphique, la maquette, c’est vraiment magnifique. Il nous a du reste valu une belle frayeur : à l’origine la couverture de Billy Brouillard était bleue, mais comme Sky Doll était déjà dans ces tons-là, on a préféré changer au dernier moment pour du beige. Ce qui est une chance, puisqu’à côté de Pinocchio, on aurait vraiment eu l’air de plagiaires.

Propos recueillis par J.M.

1 La chef de fabrication des éditions Soleil, qui passait par là, a aimablement confirmé qu’il s’agissait effectivement d’un papier très cher, le Munken Pure, fabriqué spécialement dans l’usine d’Arctic Paper sise près de Göteborg, en Suède. Les prochains livres de la collection seront conçus avec d’autres types de papier, la constante restant cette très bonne qualité.

2 Auteur encore méconnu en France mais aussi célèbre que Gipi en Italie.

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