Jusqu’au 1er février 2009, MC93
Festival Le Standard idéal jusqu’au 8 février 2009

Roméo et Juliette est une pièce victime de sa célébrité : elle est tellement connue que presque plus personne ne se donne la peine de la monter. N’en connaissons-nous pas l’histoire par cœur ? C’est là que Kelly Cooper et Pavol Liska, qui ont conçu et mis en scène ce spectacle, ont eu un trait de génie : interviewer des gens de leur entourage en leur demandant de raconter la fameuse tragédie shakespearienne. Bien sûr, tout dérape. L’exercice peut paraître facile, mais honnêtement, seriez-vous capable de faire un résumé cohérent de l’intrigue au pied levé ? De vous rappeler les noms des familles et personnages qui entourent le célèbre couple ? Savez-vous qui est empoisonné, qui est poignardé ? Ou si l’union des deux amoureux a été consommée ?

Le Romeo and Juliet que nous propose le Nature Theater Of Oklahoma (ne vous fiez pas à leur nom, ils sont de New York) est en fait un montage des réponses données par les interviewés. À tour de rôle, Juliette (Elisabeth Conner) et Romeo (Robert M. Johanson), ou tout du moins des comédiens habillés à la manière des célèbres héros romantiques, viennent jouer de façon élisabéthaine ces témoignages contemporains sur la pièce de Shakespeare. Dans ce joyeux jeu de perspective, il ressort que l’homme moyen a une vision finalement assez vague, si ce n’est franchement fantaisiste, de la plus mythique des histoires d’amour. Les récits en révèlent souvent plus sur celui qui parle que sur la pièce elle-même : c’est peut-être justement là que se trouve la magie des mythes. En évoquant des valeurs aussi fondamentales que l’amour, la vengeance, le poids familial, ils donnent à chacun l’opportunité d’en faire une lecture personnelle, s’attardant sur les aspects qui le touche et lui parle.

Cette pièce pleine d’humour est jubilatoire, que l’on connaisse ou non sur le bout des doigts Roméo et Juliette. On ne peut que rire à l’écoute de ces récits mêlant des citations issues de mémoires qui flanchent, des parallèles improbables (y compris avec les événements du 11 septembre), ou des confessions personnelles (l’amour porté à l’étudiante qui lisaitRoméo et Juliette en salle de gym…). À notre propre étonnement, peu à peu, émerge de tout cela la véritable histoire des Montaigu et des Capulet.

Sous un aspect ludique, nous sommes donc convié à une réflexion sur le théâtre, le pouvoir des histoires, la mémoire collective et, bien sûr, l’amour. Les acteurs n’hésitent pas à nous interpeller : ne confondons-nous pas amour et attirance sexuelle ? Peut-on parler d’un sentiment profond en évoquant un coup de foudre ? Et le comédien, n’est-il pas lui-même l’archétype de ce besoin d’amour qui nous habite tous, lui qui vient demander chaque soir à un nouveau public de le désirer ?

Au final, la scène est plongée dans le noir et l’ultime hommage est rendu à William Shakespeare. Les deux comédiens n’interprètent pas mais disent la scène du balcon. Sans visuel pour détourner notre attention, dépouillés de tout afféterie de jeu, les mots se déploient et prennent toute la place. Le texte est là, vibrant, ensorcelant. Le pari est réussi : ces tirades, on les entend comme pour la première fois – de la même façon que lorsque l’on tombe amoureux, tout semble nouveau et lumineux.

Romeo and Juliet d’après William Shakespeare, mise en scène de Kelly Copper et Pavol Liska, MC 93 Bobigny
Avec : Elisabeth Conner, Robert M. Johanson, Anne Gridley

Festival Le Standard idéal :
Il ne manque que le dimanche – 30/01 au 08/02
L’Écume des jours – 01/02 au 02/02
Il pleut – 05/02 au 07/02
Le songe d’une nuit d’été – 07/02 au 08/02

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