Jusqu’au 28 février 2009, théâtre du Rond-Point

La mère de Jim l’amène à l’hôpital car il n’entend pas son grand-père quand celui-ci parle. Le médecin censé s’occuper de lui a bien d’autres soucis en tête : il est poursuivi par l’infirmière de service qui est aussi sa maîtresse, et harcelé via son portable par sa femme en besoin de réassurance permanente. Sauf que la mère de Jim déclare que le grand-père est mort depuis longtemps… ce n’est donc pas l’enfant qui a un problème mais elle qui est folle. Ou bien y a-t-il une autre explication ?

Sous les yeux de cet enfant trop grand pour son âge, les adultes étalent leurs déraisons et leurs angoisses. Le dramaturge norvégien Petter S. Rosenlud a créé des êtres déréglés par leurs névroses, bien trop égocentriques pour pouvoir s’occuper du garçon de 8 ans. Au contraire, ils vont l’utiliser, détruire son innocence et le transformer en meurtrier. Si l’auteur a choisi le rire pour raconter son histoire, c’est un rire qui se fait de plus en plus glacial alors que les couches de mensonges se défont peu à peu. Un texte délicat à monter, du fait de la nature même des personnages qui l’habitent. En effet, il est difficile pour le spectateur de s’attacher à ces êtres incapables d’aimer, qui s’étouffent psychologiquement les uns les autres.

Bien qu’homme de théâtre aguerri, Jean-Michel Ribes n’a pas réussi à éviter tous les écueils d’Un garçon impossible dans sa mise en scène. Si beaucoup de détails sont très bien vus (les baskets à roulettes pour Jim, l’équipement de princesse de l’infirmières, etc.), le parti pris d’un traitement vaudevillesque de la pièce n’aide pas à donner de la crédibilité à ces personnages déjà peu sympathiques. Ils ressemblent plus à des pantins qu’à des êtres fêlés dans leur humanité. Un peu plus de chaleur humaine aurait permis d’ajouter un poids émotionnel plus fort au drame qui se met en place sous nos yeux.

Un garçon impossible bénéficie d’une distribution particulièrement attrayante. On retrouve avec plaisir Micha Lescot (Jim), qui nous avait déjà impressionné il y a à peine plus d’un mois dans La Seconde Surprise de l’amour aux Bouffes du Nord. Isabelle Carré (Cécilie) confirme s’il en était besoin qu’elle est une excellente comédienne de théâtre. Une mention spéciale mérite d’être donnée à Hélène Viaux pour sa touchante prestation dans le rôle de la mère de Jim.

Un garçon impossible est une pièce qui défend une cause juste, puisqu’elle dénonce les mécanismes de reproduction des dysfonctionnements familiaux. Le texte met en avant le besoin de sens et de cohérence pour pouvoir se construire. Même si l’on regrette une approche qui tient le public un peu trop à distance, il y a ici une belle matière à réflexion, un théâtre qui nous propose de penser. Et réfléchir en d’aussi bonne compagnie que ces comédiens-là ne peut pas être trop désagréable.

Un garçon impossible de Petter S. Rosenlund, mise en scène de Jean-Michel Ribes, théâtre du Rond-point
Avec : Éric Berger (Henrik), Isabelle Carré (Cécilie), Micha Lescot (Jim), Hélène Viaux (Sylvia), Jean-Yves Chatelais (Oddvar)
Crédit photos : Brigitte Enguerand

Article originellement publié sur Culturofil.net

2 réflexions sur “Un garçon impossible de Petter S. Rosenlund

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