Album paru le 9 mars 2009

Anne Nivat est journaliste, Daphné Collignon est dessinatrice. Difficile de concevoir des univers plus différents. L’une est une passeuse de frontière depuis son enfance entre Suisse et France, l’autre une amoureuse installée au Maroc. L’une est une baroudeuse intrépide sans en avoir l’air, l’autre une femme que l’on qualifierait, sans connotation péjorative aucune, de « lambda ». L’une court les guerres (Tchétchénie, Irak…), l’autre explore différents styles graphiques (Le Rêve de Pierre, Cœlacanthes). Les deux se rencontrent, et l’une raconte l’autre.

Correspondante de guerre sort pour la Journée de la femme1. L’idée est bien entendu de montrer un portrait de femme forte, vivant pleinement dans un monde régi par les hommes et la guerre. Si le pari est pleinement réussi, l’impression qui reste après la lecture de l’album va nettement plus loin qu’un « simple » panégyrique féministe.

D’une part, parce que sur le plan formel nous avons ici une petite merveille. Daphné Collignon, artiste aux styles multiples, entremêle pinceau, plume, crayonnés, photographies et extraits de livre (signés Nivat, naturellement) et promène le lecteur dans autant d’univers différents que la journaliste traverse de pays. On se prend à suivre son questionnement personnel face à l’immensité du personnage auquel elle fait face. Collignon, qui n’a pourtant pas fait les choix les plus conventionnels dans sa propre existence2, devient notre guide et fait écho à nos propres interrogations : que suis-je, pauvre être bêtement normal, face à une telle personnalité ?

Tandis qu’Anne impose une leçon de journalisme assez exceptionnelle3, Daphné doute, cherche à comprendre ce qui la dépasse, elle qui se déclare souvent perdue dans les méandres de l’actualité. Tout va trop vite, les guerres semblent stupides de loin et incompréhensibles de près. Et de se poser la question : est-ce que pour saisir la guerre, le meilleur moyen ne serait pas de rencontrer une des personnes qui y ont été plongées ? « Quelqu’un qui, peut-être, pourrait éclairer un peu la route – comme une porte ouverte sur ces mondes lointains et ces guerres, si difficiles à comprendre… »

En sortant de l’album, il est peut-être exagéré de dire que l’on comprend mieux le pourquoi du comment de la guerre. Quant au portrait de femme, il s’efface bien vite derrière le portrait de l’être humain, finalement bien plus intéressant. Mais on reste incontestablement saisi par la rencontre, qui n’aurait sans doute pas été aussi prenante dans un livre, ni dans un simple entretien filmé. Mêlant carnet de voyage et interview croisée, Collignon a su saisir quelque chose de fort, de prenant, qui va au-delà d’un simple portrait, incitant le lecteur à la réflexion sur bien des sujets, y compris sur lui-même. Et quand un portrait vous en apprend plus qu’une simple description de la personne, c’est qu’il est réussi non ?

Correspondante de guerre, textes d’Anne Nivat et Daphné Collignon, dessins de Daphné Collignon, éditions Soleil.

  1. Événement sur lequel les opinions divergent souvent, notamment parce qu’il sous-entend l’existence de trois cent soixante-quatre Journées de l’homme.
  2. Après bien des vagabondages, elle vit désormais à Essaouira, au Maroc.
  3. Du genre qui vous rappelle que journaliste, c’est aussi un vrai métier. L’album est d’ailleurs parrainé par Reporters sans Frontières.

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