Tome 2 sorti le 19 mars 2009

Bienvenue à l’école des héros, où l’on apprend à protéger en costume les innocents des monstres de l’outre-monde. Rejoignez les plus mauvais élèves de l’académie, et… comment ? J’ai déjà chroniqué Sentaï School ? Certes, le point de départ de Freaks’ Squeele, vu de très loin, ressemble à l’œuvre désopilante de Florence Torta et Philippe Cardona, mais cette bande dessinée-ci joue dans une autre catégorie. Là où les deux mangaphiles provençaux rendent hommage aux séries de notre enfance (et actuelles), Florent Maudoux joue sur les vieux films d’horreur, tendance Hammer1, les séries américaines, les pulps… et d’une manière générale tout ce que l’on peut classer sous l’étiquette « série B ». Et avec un humour particulièrement réussi !

Nous suivons trois apprentis héros : Xiong Mao, la fille rangée des triades, Chance, la démone canaille et Ombre, l’homme-loup timide. Un trio qui aurait tout pour réussir s’il n’était poursuivi par la déveine. Avec un titre pareil2, on peut craindre que la BD soit truffée de références obscures. Ce n’est pas totalement faux. Pour apprécier pleinement l’œuvre dans toute sa potentialité drolatique, mieux vaut faire partie des initiés. Si le nom de George Abitbol ne vous dit rien, si vous n’avez jamais entendu parler du lapin tueur de Caerbanog, si le jeu d’acteur de Michael Berryman vous est inconnu, vous risquez de rater des trucs. Pourtant, et c’est une des forces de la série, cette accumulation ne se fait jamais au détriment de la compréhension.

De fait, il est parfaitement possible de lire, et d’apprécier, et d’adorer cette BD sans rien connaître du cinéma bis ni de la pop culture (même si c’est un peu dommage). Et s’il fallait comparer la série à une autre, c’est plutôt vers la référence dans le domaine du clin d’œil pop : Buffy contre les vampires3. Jugez-en plutôt : sans le dire vraiment, le tome 2 rend coup sur coup hommage à Harry Potter, Gaston Lagaffe, Shrek 2, Sacré Graal (et quelle référence !), La colline a des yeux, Hellsing, Excalibur, Dr House… La forme égalant sans problème le fond (le style de Florent Maudoux est carrément virtuose, tant au niveau du trait classieux que de la mise en case ultra dynamique), nous avons ici affaire à un gros coup de cœur, du genre à suivre de très près.


Lors du dernier festival d’Angoulême, Culturofil a eu l’occasion de rencontrer Florent Maudoux.

Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur le titre de l’œuvre ?
Florent Maudoux :
À l’origine, le nom de code du projet était Freaks, en référence à l’œuvre de Tod Browning. Mais comme je ne pouvais pas garder ça, j’ai changé en Freaks’ Squeele. Squeele est un mot du chaos, généré par une erreur de graphiste, découvert par hasard comme la pénicilline ou la gravité et à partir duquel on a pu créer une foule de concepts fabuleux. Le squeele du monstre, c’est un peu sa hargne, son envie, son âme… son mojo. Chacun y apporte sa propre signification. Mon but, ce serait de faire rentrer ce mot dans le dictionnaire…

Dans la BD, vous alternez les planches couleur et noir et blanc…
Les planches couleur sont plus un bonus, j’ai d’ailleurs essayé de les faire coïncider avec les passages que l’on ne peut raconter que de cette manière. Mais je préfère le noir et blanc, je le trouve plus pertinent, on peut faire passer plus de choses, des impacts de lumière plus marqués, plus forts. Je trouve ça plus confortable pour le lecteur, on va directement à l’essentiel, la lecture est plus agréable et fluide. En outre, ça permet d’avoir plus d’histoire pour le même prix : un album entièrement en couleurs aurait coûté plus cher, et je ne veux pas qu’on se saigne pour l’acheter. Je trouve qu’avec 144 pages, on en a pour son argent4.

L’histoire est entièrement conçue ?
Le premier tome est gentiment à suivre, mais le deuxième finit sur un gros cliffhanger. Il continue à installer les personnages, finit en accélération, et le tome 3 partira sur les chapeaux de roue, une espèce de course en panique. Je me suis éclaté sur le scénario et j’ai commencé à le storyboarder. C’est un vrai plaisir, je peux enfin utiliser tout ce que j’ai mis en place.

Quelles sont vos influences ? Surtout du manga ?
J’en lis beaucoup. Même si c’est du noir et blanc, si c’est petit, si c’est imprimé sur du papier toilette, c’est parfois plus vivant qu’un 46 pages couleur. Parce qu’on arrive à construire des personnages sur la longueur. Mais j’aime aussi beaucoup la BD européenne : j’adore Christophe Blain, Mœbius est un ancien maître, il reste une référence. Mais je suis peut-être encore plus influencé par le cinéma bis, un peu bizarre, celui des frères Coen, de Carpenter, de Romero… le cinéma asiatique avec Johnny To, Tsui Hark… J’ai aussi quelques références écrites, ce que j’estime être de la bonne fantasy : Glen Cook, Robin Hobb, Terry Pratchett…

Y a-t-il quelque chose que tu aurais aimé dire sur ta BD ? Un truc particulièrement réussi que personne n’aurait remarqué ?
Les gens qui s’y attendent un peu le voient : c’est plus qu’une histoire d’école de héros. Ça ne peut pas se réduire au pitch, à une histoire de 130 pages. Il faut y aller l’esprit vierge et voir ce qu’on y trouve. Si on n’y trouve rien, ce sera de ma faute. Mais je ne trouve pas très intéressantes les critiques des gens qui l’ont lu de travers, en diagonale. J’en ai marre d’entendre « C’est un petit truc sympathique, juste un truc rigolo à lire en apéritif ». Non, c’est de la série B à la Carpenter, avec des effets spéciaux rigolos, faits à la maison. Et la série B a toujours un petit message derrière, même s’il n’est pas très compliqué. Sur la forme, c’est plaisant parce qu’il y a du fantastique, mais il y a aussi des choses que je voulais dire sur ce que je vois dans le monde, détournées de façon ludique, pas forcément flatteuses.

Quels sont vos futurs projets ?
Le troisième Freaks’ Squeele sort en décembre 2009, il commencera par les pages couleur. Si je peux, j’augmenterai aussi le nombre de bonus. C’est moi qui les fais et les mets en page… Il y aura au minimum cinq tomes, et s’il y a assez de monde pour avoir envie d’avoir la suite, j’en raconterai peut-être plus. Mais pas plus de dix. J’ai aussi comme projet une série dérivée avec un personnage intéressant, qui synthétise les différents enjeux de la BD5. Ce devrait être plus simple à aborder avec un seul personnage, parce que Freaks’ Squeele, où il y a énormément de monde dans les cases, n’est pas facile à gérer. Notamment, avoir un protagoniste principal qui mesure presque trois mètres de haut nécessite sans arrêt de trouver des astuces pour les cadrages…

Freaks’ Squeele tome 2, Les Chevaliers qui ne font plus « Ni » !, textes et dessins de Florent Maudoux, éditions Ankama.

  1. Hammer Film est une maison de productions devenue célèbre dans les années cinquante et soixante pour ses films d’horreur de série B.
  2. Le « squeele » est une référence directe à l’accroche du film Stargrove et Danja, agents exécutifs, « Un film à vous couper le squeele ! », nanar d’anthologie pour tous les fans de mauvais films qui font rire. Tous les détails sur Nanarland, le meilleur site du monde.
  3. Là encore, la filiation est assumée, le trio de héros étant régulièrement surnommé « l’équipe Scoubidou », surnom de la bande à Buffy dans la série de Joss Whedon.
  4. C’est d’ailleurs tout à son honneur : signalons qu’un album en couleurs rapporte plus en droits d’auteur !
  5. Walkyrie, la guerrière qui se rêve magical girl (!).

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