Jusqu’au 5 avril 2009, MC93

Le rideau s’ouvre sur des cactus géants, au milieu desquels les hommes paraissent ridicules. Voilà qui est de bon augure se dit-on : un décor qui nous plonge immédiatement dans l’atmosphère moite, écrasante et torturée de La Nuit de l’iguane. Sauf que ce décor va se révéler être le seul élément du spectacle à la hauteur du texte de Tennessee Williams – une épineuse déception qui s’étire en longueur pendant les deux heures de représentation.

L’interprétation est dénuée de toute émotion ou même de toute intention de jeux. Les comédiens laissent froid, Tcheky Karyo en tête qui, en proposant un Shannon creux, le dénature complètement, lui enlève tout sens. Le personnage est pourtant un de ces magnifiques monstres de théâtre : prêtre qui a dû abandonner l’église à cause de son amour pour les jeunes filles, il s’est reconverti en guide touristique. Changer de métier n’a bien sûr pas changé ses pulsions, et il est accusé d’attouchements sur la plus jeune fille du groupe qu’il est censé emmener à travers le Mexique. Le voilà donc au bout du rouleau, à prendre les touristes dont il a la charge en otage au milieu de nulle part, dans une petite pension mexicaine de sa connaissance. Là, tous ses vieux démons le visitent, le travaillent au corps et l’obligent à traverser un flot d’émotions au cours de la nuit… Mais dans cette version, rien de tout cela ne transparaît.

Il s’agit bien d’un choix de directions d’acteurs, puisque les comédiens entourant Tcheky Karyo lui emboîtent le pas dans ce même style d’interprétation où le vide domine. C’est Anne Benoit qui s’en sort le mieux, amenant à chaque apparition un peu de vie sur scène : elle interprète Mlle Fellowes, une touriste exaspérée par l’attitude du guide. Bien que son personnage n’ait pas été écrit pour séduire, de par son jeu habité, elle nous le rend sympathique.

La Nuit de l’iguane se déroulant en 1940, Tennessee Williams y fait apparaître le spectre du nazisme, à travers la présence d’un groupe de militants venus au Mexique pour se rapprocher des États-Unis. Georges Lavaudant les ridiculise, en les parant d’accoutrements stupides, y compris une bouée géante décorée d’une croix gammée. La trouvaille n’est pas inintéressante, elle souligne le décalage complet entre les Nazis et les autres personnages de la pièce. Sauf que, plongée au milieu d’une production galvaudée, cette idée ne ressemble plus à grand-chose.

Alors on regarde les cactus et regrette que leurs piquants n’aient pas plus inspiré les artistes impliqués dans cette Nuit de l’iguane. Ils étaient pourtant grands et beaux, ces cactus…

La Nuit de l’iguane de Tennessee Williams, mise en scène de Georges Lavaudant, MC 93
Avec : Tcheky Karyo (Shannon), Astrid Bas (Maxine), Anne Benoit (Mademoiselle Fellowes), Dominique Reymond (Hannah), Pierre Debauche (Nonno), Sara Forestier (Charlotte)

Article originellement publié sur Culturofil.net

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