Jusqu’au 13 juin 2009, Le Lucernaire

Il y a des romans cultes que l’on attend forcément au tournant lorsqu’ils sont adaptés au théâtre. On les a tellement aimés que l’on craint d’être déçu, ou pire, de les voir trahis. L’intelligente adaptation de Patrick Chevalier du Vieux qui lisait des romans d’amour n’en est que plus séduisante : il a su garder l’ambiance, le bonheur des mots de Luis Sepúlveda, tout en remaniant juste ce qu’il fallait pour que le texte puisse prendre corps sur scène.

Antonio José Bolivar, le vieux du titre, vit seul dans une cabane au bout d’un village, lui-même au bout d’une rivière amazonienne. Cet isolement lui convient bien, lui qui a vécu dans la forêt avec les Shuars et qui n’est pas dupe de ceux qui se croient civilisés. Le seul Blanc qu’il tolère, c’est le dentiste, un homme qui vient régulièrement arracher les dents des villageois et en profite pour apporter quelques romans à Antonio. Mais un premier cadavre apparaît sur la rivière, bientôt suivi par d’autres : un félin dont les petits ont été tués par un trafiquant de peaux réclame sa vengeance. C’en est fini de la tranquillité du vieux. Il est le seul à pouvoir comprendre le fauve, à pouvoir lui faire face, et il le sait.

Le comédien Paco Portero est épatant : il est le vieux. Il a trouvé dans sa voix et surtout dans son corps le personnage d’Antonio José Bolivar. On ne doute pas un instant que cet homme ait vécu dans la jungle, et il est aussi juste lorsqu’il salive d’envie devant les romans d’amour « tristes, avec des gens qui s’aiment pour de bon » que lui apporte le dentiste. Le vieux est d’une grande sensibilité, une qualité qui lui fait respecter les Shuars, les lois de la nature, autant qu’elle le fait pleurer comme un enfant lorsqu’il lit les aventures de gens malheureux. Cet homme est perméable, tout le touche : derrière la façade du solitaire grincheux se cache une humanité faite d’ouverture à l’autre.

Face à lui, et c’est la seule déception de la pièce, Patrick Chevalier ne dépasse pas le rôle de faire-valoir, il n’arrive pas à donner une véritable identité au personnage du dentiste. Dommage, car le reste de son travail est une réussite : au-delà de l’adaptation du texte, la mise en scène fonctionne très bien. Le décor, les choix musicaux et les éclairages créent de belles ambiances qui contribuent à nous emmener dans l’univers du Vieux qui lisait des romans d’amour.

Cette production est donc une adaptation sensible du superbe roman de Luis Sepúlveda, dont les thèmes écologiques raisonnent de manière encore plus douloureuse aujourd’hui qu’en 1992, lors de la première publication en français du livre. Une histoire qui ne demande qu’à nous faire vibrer le cœur comme les romans d’amour arrivent à faire vibrer celui d’Antonio José Bolivar.

Le vieux qui lisait des romans d’amour de Luis Sepúlveda, mise en scène de Patrick Chevalier, Le Lucernaire
Avec : Paco Portero (le vieux), Patrick Chevalier (le dentiste)

Article originellement publié sur Culturofil.net

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