Critique suivie d’une interview de l’auteur

Cela fait maintenant plus de cinq ans que la belle Maliki sévit sur la toile. Cinq ans qu’elle poste un article tous les mardis, qu’il pleuve ou qu’il vente, sur sa vie, ses chats, ses étranges amies muettes et caudées ou la difficile existence d’un être doté de sensibilité dans l’univers impitoyable des rues de Roubaix. Mais qui est cette belle jeune femme aux cheveux rose, aux oreilles pointues et au sale caractère ?

À l’origine, Maliki est un personnage jailli du néant et de l’imagination d’un graphiste de l’équipe d’Ankama, développeur du jeu vidéo Dofus (premier MMORPG de France1) s’étant étendu depuis à l’édition de bande dessinée. Un personnage au design ouvertement inspiré « manga », contant ses souvenirs d’enfance au Croisic, sa vie roubaisienne et ses anecdotes de tous les jours.

Qu’elle évoque ses deux chats (qui, comme tous les chats, sont vraiment des fainéasses), ses démêlés avec la Poste, les petites colères du quotidien ou les souvenirs d’enfance à base d’animaux morts dans des circonstances troubles, les anecdotes de Maliki parviennent toujours à créer une ambiance parfaitement raccord avec son humeur. Des historiettes souvent mâtinées de mélancolie, comme l’indiquent les titres des deux tomes déjà sortis (Maliki broie la vie en rose, Une rose à l’amer et bientôt Mots roses au clair de lune…). On s’étonne donc souvent de voir ces derniers exposés dans les rayons « petites filles » des grands distributeurs qui n’y connaissent rien et estiment que Maliki a sa place entre Barbie et Totally Spies.

Le blog est des plus classieux visuellement, Souillon (le « partenaire » de Maliki qui s’occupe entre autres des dédicaces2) travaillant ses planches en profondeur au niveau des couleurs, très loin de l’aspect « brouillon » que proposent la plupart de ses confrères. Une qualité qui se paye, naturellement, en fréquence, ce petit moment de bonheur restant hebdomadaire. D’où l’intérêt de le savourer également en album. Ça tombe bien, le troisième sort incessamment…

Culturofil a eu l’occasion d’interviewer Souillon en pleine dédicace à Angoulême…


Quelle est l’origine du blog de Maliki ?
Les histoires ont une base réelle adaptée suivant les personnages. Elles sont extrapolées, mais elles partent toujours d’une vraie anecdote. Officiellement, Maliki se dessine toute seule. À l’époque, c’était le groupe Gorillaz qui m’avait donné cette envie : juste des personnages de dessin animé qui chante. Je trouvais ça intéressant, des personnages qui existent sans leur auteur, sans personne pour réclamer leur paternité. L’idée c’était d’avoir quelqu’un de très vivant sur Internet. Le site a toujours été présenté comme un webcomic, mais comme à l’époque la mode était aux blogs, tout le monde est parti sur l’idée qu’il s’agissait d’un vrai personnage. La confusion était aussi un peu recherchée, c’était pour montrer que ce personnage pouvait devenir quelqu’un de vivant.

Entre Frantico et les Chicou-Chicou3, on observe une sorte de fascination pour le canular chez les bloggers. C’est une réalité ?
Je n’ai pas vraiment lancé Maliki dans le but de berner les gens. À l’époque où j’ai commencé, j’étais très naïf et je ne savais pas qu’il y avait autant de blogs BD. Je faisais ma petite expérience dans mon coin, sans penser que ce serait pris comme ça. Le phénomène blog a déteint dessus.

Le ton est souvent mélancolique…
L’idée n’était pas forcément de dessiner quelque chose de toujours drôle, mais plutôt de faire passer des idées. Comme je pars toujours d’une anecdote, je n’avais pas vraiment envie de me forcer à raconter systématiquement des trucs amusants. Il n’y a pas de ligne éditoriale, c’est selon l’humeur. Je n’ai pas forcément toujours envie de faire rire les gens : j’essaie de faire passer une sensation. Si les gens me disent « J’ai bien rigolé » ou s’ils me disent « J’ai versé une larme », je suis content.

Vos influences graphiques sont essentiellement du côté du manga ?

Pas seulement, non. Du côté des mangas, ce sont principalement les vieilles séries, je n’ai plus trop le temps de m’intéresser aux nouveautés. Rumiko Takahashi (Ranma ½, Lamu…), Mitsuru Adachi (Touch…), Akira Toriyama (Dragon Ball, surtout la première période). Depuis, je me suis aussi intéressé aux travaux de Trondheim, de Sfar, de Larcenet, ce qui m’a plus influencé au niveau narration du quotidien, ces petites choses qui sont finalement intéressantes à relever et à décortiquer un peu.

Quelle technique utilisez-vous ?

En dédicace, je fais de l’aquarelle, chez moi c’est plutôt Photoshop, c’est plus rapide. L’aquarelle demande à être retravaillée derrière : c’est difficile à scanner, à remettre en page… et puis on n’a pas le droit à l’erreur. Sur Photoshop, il y a Ctrl Z (rires).

Maliki, deux tomes parus, tome 3 à paraître, Ankama Éditions.

  1. Jeu en ligne massivement multijoueur, un des plus connus du grand public étant World of Warcraft.
  2. Oui, ne cherchez pas de jeune fille aux cheveux roses dans les conventions : Souillon dessine pendant que son personnage fétiche picole avec Boulet et Mélaka !
  3. Deux blogs tenus officieusement par de grands noms de la BD actuelle, mais jamais signés des vrais artistes.

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