Album sorti le 25 mars 2009

À la suite de la naissance étrange de quarante-trois enfants chez des femmes ne présentant aucun signe avant-coureur de grossesse, le très riche, très excentrique et très mystérieux sir Reginald Hargreeves parvient à adopter sept de ces bébés miracles. Son objectif : sauver le monde. Car il s’avère que les enfants disposent tous (ou presque) de pouvoirs surnaturels, et que bizarrement, le monde a bien besoin d’être sauvé. Mais quand bien des années plus tard, la famille désunie se retrouve autour du cercueil du père adoptif, les rancœurs éclatent et le destin de l’humanité est une fois de plus mis en jeu.

Étrange objet que cet Umbrella Academy, dans tous les sens du terme. Dans la forme, tout d’abord. On ne saurait en effet manquer la filiation du trait de Gabriel Bá avec celui de l’illustre Mike Mignola (Hellboy). Rien d’étonnant donc quand on apprend qu’il va signer une mini-série de BPRD, spin-off de la série au diable rouge. Quant au scénariste, son nom évoquera peut-être quelque chose aux plus férus de musique : Gerard Way, chanteur du groupe de punk rock My Chemical Romance<sup>1</sup>. Décidément, les comics attirent des artistes venus d’ailleurs, et pas forcément du monde du scénario2.

Umbrella Academy nous arrive tout auréolé de gloire : deux Eisner Awards (le prix de la meilleure bande dessinée aux États-Unis), difficile de faire mieux. Il faut reconnaître que la série n’est pas dénuée d’une certaine classe : intrigue déjantée, personnages torturés, mélange détonant entre problèmes familiaux et super-héroïsme ordinaire (sir Reginald n’ayant pas vraiment fait preuve d’un instinct paternel à toute épreuve, on peut dénombrer un certain nombre de tensions entre les protagonistes), le tout prenant place dans un univers bizarrement tordu, où les chimpanzés intelligents sont des citoyens comme les autres, où les super vilains se réunissent en orchestre symphonique et où le fait de découvrir le robot zombi de Gustave Eiffel en train de contrôler sa tour en tuant des gens semble découler d’une pure logique.

Pourtant, il y a un petit quelque chose qui cloche. Malgré toute cette richesse, malgré l’envolée du style de Bá, les personnages ont un défaut : aucun ne peut réellement trouver grâce à nos yeux. Si partir d’individus tous foncièrement psychotiques est une base intéressante, il devient très difficile de tenir certains paris quand on applique le principe à des super-héros. Ainsi la Rumeur, une des sœurs de l’équipe, est dotée du pouvoir de tordre la vérité. Tout ce qu’elle dit se révèle exact. Comment tenir un scénario avec un personnage pareil ? On finit par se demander comment une famille aussi dysfonctionnelle et aussi puissante a pu tenir tête à quelque méchant que ce soit.

Si l’ensemble reste agréable à lire, cette sensation persiste, cette impression que nous n’avons pas encore lu le meilleur que l’on peut tirer de cet univers, que l’idée nécessite peut-être d’être encore pensée, mûrie… La deuxième mini-série est en cours, peut-être vaut-il mieux attendre le cycle suivant pour se prononcer3.

Umbrella Academy, tome 1, La Suite apocalyptique, scénario de Gerard Way, dessin de Gabriel Bá, éditions Delcourt, collection Contrebande.

Crédits photographiques : © Delcourt G. Productions 2009

  1. Non, ne me demandez pas, je n’ai pas la moindre idée de la qualité de ce groupe… Moi, je fais la BD.
  2. Souvenons-nous par exemple de l’acteur Seth Green qui avait cosigné l’intrigue de Freshmen.
  3. Et le film : une adaptation cinéma est prévue avec Alfonso Cuarón derrière la caméra (l’excellent réalisateur du troisième Harry Potter – le meilleur à ce jour – et du méconnu Les Fils de l’homme) et Diablo Cody (Juno) au scénario.

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