Jusqu’au 19 juillet 2009, Comédie-Française

Dans cette « fable en trois actes », Eduardo De Filippo multiplie les tiroirs à double voire à triple fonds. Tout ici étant illusion, rien de bien surprenant à ce que l’histoire soit orchestrée par Otto Marvuglia, magicien de son état. Un saltimbanque sur le retour, qui traîne d’hôtel en hôtel ses animations passées de mode, jusqu’au jour où il arrive à la station balnéaire dans laquelle M. et Mme Di Spelta passent tous leurs étés. Le couple va mal. Si mal que madame profite d’un des tours de magie d’Otto Marvuglia, censé la faire disparaître dans un sarcophage, pour vraiment prendre la poudre d’escampette avec son amant. Touche finale et cruelle de ce terrible stratagème, l’illusionniste convainc le mari que sa femme est à présent enfermée dans une petite boîte que celui-ci va trimbaler partout avec lui.

Persuadé que son épouse ne réapparaîtra que s’il ouvre la boîte en ayant une confiance absolue en elle, Di Spelta se trouve devant un dilemme quasi insoluble. Victime de sa propre jalousie, il ne peut se résoudre à soulever le couvercle. Il préfère croire aux codes inventés pour lui par Otto le magicien plutôt que de faire face à la réalité et admettre qu’il est trompé. Ainsi, les deux hommes vont se retrouver liés et s’enfoncer de plus en plus dans le mensonge et le monde de l’illusion. Mais c’est peut-être par ce chemin détourné que Di Spelta, gentleman coincé dans les normes de la bonne société des années cinquante, va parvenir à sa vérité…

Qu’est-ce que la réalité ? Une question qui n’en finit pas de hanter l’homme et le théâtre. Est-ce que ce que nous croyons avec conviction est plus réel que des données objectives ? Le monde n’est-il pas défini par la perception que nous en avons ? Bien sûr, semble nous dire le dramaturge italien. À nous donc d’être aussi libres que nous le souhaitons et de définir comment nous désirons vivre : un message plus subversif qu’il n’en a l’air dans une société basée sur des conventions tacitement acceptées de tous.

La mise en scène de Dan Jemmett sert honnêtement l’histoire. Il se prête au jeu de la mise en abyme, y ajoutant encore une touche en gardant les comédiens au bord du plateau lorsqu’ils ne jouent pas, les transformant ainsi en spectateurs. L’ensemble est bien fait et beau, mais où se trouve le côté subversif ? Où est la touche d’inquiétude, le vertige qui devraient nous gagner à mesure que les personnages s’enfoncent dans l’illusion ? Tout cela reste sage. Il y a du savoir-faire, c’est indéniable, mais l’on aurait aimé être emmené plus loin, être bousculé. De même en ce qui concerne la direction d’acteurs : les comédiens sont bons, mais on les a déjà vu meilleurs encore entre les mains d’autres metteurs en scène.

La Grande Magie est une bonne comédie, ce qui est déjà en soi une réussite. Il s’en faut de peu pour que le spectacle touche au statut de comédie dérangeante qui continue à vous faire réfléchir longtemps après avoir quitté la salle. Ici, on rit, mais dès que le rideau rouge est retombé, la magie s’envole sans laisser de trace.

La Grande Magie d’Eduardo De Filippo, mise en scène de Dan Jemmett, Comédie-Française
Avec : Denis Podalydès (Calogero Di Spelta), Coraly Zahonero (Marta Di Spelta), Hervé Pierre (Otto Marvuglia, le magicien), Claude Mathieu (Zaira), Cécile Brune (Mme Locascio et l’inspecteur)
Crédit photo : Cosimo Mirco Magliocca

3 réflexions sur “La Grande Magie d’Eduardo De Filippo

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