Jusqu’au 25 juin 2009, théâtre de l’Odéon

Comme souvent avec Georges Feydeau, La Dame de chez Maxim s’inscrit dans la tradition du vaudeville. Le ton est souvent égrillard, les jeux de mots volent, les quiproquos s’enchaînent, les identités sont mélangées, jusqu’à créer un méli-mélo quasi indémêlable. Tout commence au lendemain d’une cuite magistrale : le Dr Petypon a tant bu lors d’un dîner chez Maxim qu’une fois chez lui, il s’est endormi sous son canapé. À son douloureux réveil, il va réaliser que dans son lit dort la Môme Crevette, jeune dame aux mœurs légères et à la langue bien pendue, connue de nombreux messieurs parisiens. Évidemment, il va devoir la cacher à sa femme… Et pour compliquer l’affaire, l’oncle de Petypon, parti en Afrique depuis dix ans, revient brusquement : trouvant la Môme Crevette dans la chambre de Petypon, il la prend pour son épouse légitime et invite le « couple » au mariage de sa nièce qui va convoler avec – forcément – un ex-amant de la Môme !

Improbable ? Certes, mais ce joyeux imbroglio fait justement partie du charme de ce type de comédie. Chaque nouveau personnage apporte son lot de délires et de complications. Mais derrière l’amusement, le féroce dramaturge s’en donne à cœur joie pour critiquer ses contemporains et leur attachement aux apparences. Feydeau s’attaque aussi bien à la discrimination sociale à travers le personnage de la Môme Crevette dont le franc parler dérange, qu’à l’adhésion aveugle de la petite bourgeoisie de province aux modes parisiennes. Lors des préparatifs du mariage de la nièce du général, les dames de la petite ville où se passe la fête vont se ridiculiser, pour notre plus grand plaisir de spectateurs, en reproduisant tout ce que fait la Môme sous prétexte qu’elle arrive de la capitale.

Pour cette Dame de chez Maxim, Jean-François Sivadier a créé une mise en scène très visuelle, parfois un peu surchargée. Notamment, l’utilisation de panneaux en bois qui apparaissent et disparaissent régulièrement pour délimiter l’espace dans l’appartement des Petypon finit par créer plus de confusion qu’autre chose, voire à détourner l’attention de la prestation des comédiens.

Sivadier a incorporé plusieurs passages musicaux, de danse et de jeu très physiques. Tous ces éléments conviennent très bien à l’univers de Feydeau, mais l’on regrette que le metteur en scène n’en ait pas profité pour élaguer le texte, en particulier certains moments d’exposition peu utiles au public contemporain. En effet, avec une durée totale de plus de trois heures (plus un entracte, bizarrement placé au bout de 2h20 de représentation), l’ensemble est trop long, la comédie s’essouffle à plusieurs reprises, car même des acteurs aussi doués que ceux ici réunis ne peuvent maintenir sur une telle longueur le rythme endiablé que nécessite un vaudeville. Et il en va de même de l’attention du spectateur, qui a elle aussi bien du mal à rester soutenue de bout en bout.

Il faut souligner le bel ensemble des comédiens, avec un abattage comique particulièrement haut en couleur de la part de Nicolas Bouchaud dans le rôle du Dr Petypon. L’excellent Gilles Privat compose un général irrésistible. En Môme Crevette, Norah Krief nous offre de très beaux moments de pure comédie (ah ! sa magnifique prestation en séraphin venu visiter Mme Petypon !), ainsi que Nadia Vonderheyden convaincante en épouse gentiment illuminée, complètement dépassée par les évènements.

L’esprit de Feydeau est bien présent et de nombreuses scènes sont vraiment drôles. Néanmoins, une version plus courte aurait gagné en efficacité. Pour finir sur une touche que ne désavouerait pas la Môme Crevette, ce n’est pas parce que c’est plus long que c’est forcément plus bon !

La Dame de chez Maxim de Georges Feydeau, mise en scène de Jean-François Sivadier, théâtre de l’Odéon
Avec : Nicolas Bouchaud (Lucien Petypon), Norah Krief (la Môme Crevette), Gilles Privat (le général), Nadia Vonderheyden (Gabrielle Petypon), Stephen Butel (Mongicourt)
Crédit photographique : Brigitte Enguerand

Article originellement publié sur Culturofil.net

Une réflexion sur “La Dame de chez Maxim de Georges Feydeau

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