Du 22 au 24 avril 2009, Rencontres de La Villette
05 mai 2009, Rencontres de danses urbaines (37)

La Gender conférence est un spectacle qui mêle les genres pour parler des genres : les quatre membres de la companie Sans Titre jouent, slament, dansent, chantent, exposent. Un joyeux mélange pour évoquer le sujet de la construction de l’identité sexuelle. C’est tout l’enjeu de cette « vrai-fausse conférence spectacle » que d’amener à réfléchir sur ce qui définit le genre de chaque personne. Est-ce son sexe biologique ? Son ressenti ? Ses préférences sexuelles ? Sa façon de s’habiller ? La phrase d’ouverture est, en toute logique, la célèbre citation de Simone de Beauvoir : « On ne naît pas femme, on le devient. » Et… pareil pour les hommes !

La troupe nous invite à suivre une vie d’être humain, en partant du désir des parents d’avoir un enfant, puis en essayant de comprendre le développement de celui-ci jusqu’à l’âge adulte et la maturité sexuelle. Les thèmes abordés sont sérieux, mais traités avec humour, en privilégiant une approche directe : la compagnie Sans Titre a bien compris que c’est le secret qui crée les tabous. Le message clairement passé ici est celui de la tolérance. Les Sans Titre se produisent d’ailleurs régulièrement dans des collèges ou lycées, expliquant à travers leur spectacle et des rencontres avec les élèves que la construction identitaire est complexe, ou que le sexisme et l’homophobie sont tout aussi condamnables que le racisme.

Si le spectacle est à caractère pédagogique, il n’en est pas moins spectacle. Tout du long, les interprètes jouent sur les codes vestimentaires et le langage du corps pour souligner la fragilité de ce qui fait que nous identifions un être comme homme ou femme. Lors d’un passage savoureux, un garçon et une fille vont se disputer pour savoir qui va jouer le rôle du Prince Charmant dans la pièce : lui en a marre de « jouer des rôles de meufs » et elle a justement envie de s’amuser à jouer les garçons… La dispute ne sera pas résolue, car ils ont tous les deux raisons !

À plusieurs reprises, la troupe s’essaye avec succès au pastiche. Ils ont fabriqué de toutes pièces un faux documentaire sur les crèches, censées appliquer une nouvelle loi pour repérer et corriger tout comportement déviant concernant le genre. Une petite fille joue avec une voiture ? Vite, vite, il faut la ramener à sa dînette ! Le rire est un peu nerveux, car la fiction n’est pas si loin de la réalité… L’histoire revisitée de La Petite Sirène est un autre beau moment de parodie. Impossible d’oublier cette malheureuse, persuadée que le prince ne l’aimera pas si elle se présente à lui avec sa grosse queue… de poisson.

Dans un autre registre, il faut citer l’impressionnant et émouvant solo de hip-hop de Thibo Trilles : baskets aux pieds et ballerines aux mains, il arrive comme par magie à rendre son corps mi-homme mi-femme et nous entraîne dans un jeu d’illusion troublant.

L’ensemble est réussi et propose une bonne introduction à une réflexion sur l’identité sexuelle. Néanmoins, la provocation reste gentille et finalement assez conventionnelle. La question des transsexuels n’est pas abordée par exemple, ou lorsque le couple parental est cité, c’est toujours sous la forme homme/femme. Des créations comme celles-ci sont nécessaires et bienvenues, mais il serait possible d’aller encore plus loin.

À la fin du spectacle, les artistes ont rappelé que ces 9e Rencontres de la Villette seront les dernières, du fait du désengagement de l’État dans le soutien à la culture. Une nouvelle difficile à digérer après avoir vu célébrer la diversité pendant près d’une heure et demie. À se demander si c’est justement ce genre de message qui dérange Madame Albanel et Monsieur Sarkozy…

La Gender conférence ou la troublante conférence sur le sexe et le genre de la compagnie Sans Titre, mise en scène d’Anne Morel, Parc de la Villette
Avec : Matthias Gourdot, Anne Morel, Sandrine Petit, Thibo Trilles

Article originellement publié sur Culturofil.net

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