Jusqu’au 22 juillet 2009, Comédie-Française

Au milieu de l’hiver et du carnaval de Venise, plutôt que de regarder la ville en liesse, nous sommes invités à une sorte de zoom avant dans la cité des doges pour se concentrer sur un campiello, une petite place où se réunissent les gens du quartier. Si ce n’est la présence d’un chevalier étranger venu pour les festivités, la vie semble ici suivre son cours habituel. Mais habituel ne veut pas dire paisible : les femmes passent leur temps à se chamailler pour savoir qui se (re)mariera la première et les hommes à se quereller pour ces dames – bienvenue dans une Italie où l’on a le sang chaud et le verbe tranchant !

La traduction de Ginette Henry et Valeria Tasca, fluide et moderne juste comme il faut, met à l’honneur la verve du dramaturge italien. Quel plaisir que de suivre les échanges de piques bien senties entre voisines ! Que cela soit les mères ou les filles, aucune n’a la langue dans sa poche. On retrouve ici les mêmes joutes oratoires que nous avions pu apprécier la saison passée dans Le Baroufe à Chioggia, du même Carlo Goldoni.

Dans Il Campiello, l’histoire est quasi anecdotique, ce qui compte c’est l’étude de ce microcosme et de ses personnages bien campés – de quoi faire le bonheur des comédiens. D’ailleurs, le plaisir du jeu est évident : la troupe du Français se régale et nous régale par la même occasion. Il est forcément injuste de mettre en avant certains interprètes vu la qualité de l’ensemble, mais citons-en néanmoins deux. D’abord Martine Chevallier (Donna Pasqua), en vieille femme à la surdité sélective et la bonhomie qui peut tourner à l’agressivité venimeuse sans crier gare. Ensuite, Léonie Simaga qui compose une Lucietta autoritaire, pétaradante, amoureuse, oscillant entre le monde de l’adolescence et celui des adultes – une prestation particulièrement appréciable, bien loin de son rôle falot dans La Vie du grand Dom Quichotte.

La mise en scène de Jacques Lasalle, qui nous avait déçu avec Figaro divorce, fonctionne parfaitement pour ce Il Campiello. Elle est élégante, tout en laissant pleinement la place aux comédiens pour exprimer leurs émotions. L’ensemble est de facture assez classique, mais extrêmement bien réalisé, que cela soit l’utilisation de l’espace, la belle composition des tableaux ou la direction d’acteurs.

On retrouve dans Il Campiello tout ce qu’on espère à chaque fois que l’on franchit la porte de la Comédie-Française : un théâtre classique bien maîtrisé, interprété par d’excellents comédiens sachant transmettre leur bonheur à être sur scène. Certes, il n’y a rien ici de vraiment novateur, mais pourquoi bouder son plaisir ?

Il Campiello de Carlo Goldoni, mise en scène de Jacques Lasalle, Comédie-Française
Avec : Muriel Mayette (Donna Catte), Claude Mathieu (Orsola), Martine Chevallier (Donna Pasqua), Anne Kessler (Gasparina), Coraly Zahonero (Gnese), Denis Podalydès (le chevalier), Jérôme Pouly (le mercier), Loïc Corbery (Zorzetto), Léonie Simaga (Lucietta)
Crédit photographique : Comédie-Française

Article originellement publié sur Culturofil.net

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *