Jusqu’au 14 juin 2009, théâtre de Chaillot

La Estupidez fait partie d’une fresque en sept pièces, inspirée des sept péchés capitaux, sur laquelle travaille le dramaturge argentin Rafael Spregelburd. Ici, vingt-quatre personnages se croisent au fil d’intrigues plus ou moins bien tissées ensemble, dont les thèmes récurrents sont la bêtise et l’argent.

La construction et l’ambiance américaine qui règne sur le plateau ne sont pas sans rappeler Short Cuts, le film choral de Robert Altman. Mais là où le regretté réalisateur réussissait un puzzle captivant, La Estupidez a plus de mal à emporter les spectateurs. Les chassés-croisés incessants n’étant pas soutenus par de véritables enjeux dramatiques, les plus de trois heures de représentation finissent par s’étirer lourdement. Bien sûr, l’humour ne manque pas et de nombreuses scènes fonctionnent très bien, mais l’ensemble laisse un goût d’élongation inutile.

Reste les performances des acteurs qui s’en donnent à cœur joie, ayant chacun à interpréter quatre ou cinq personnages différents. Dans la plus grande tradition de la comédie, les compositions fortes avec de nombreux changements de costume s’enchaînent. Comédiens aguerris, ils se sortent avec maestria de cet exercice de style. C’est un plaisir que de retrouver Marina Foïs et Karine Viard qui, contrairement à certaines actrices de cinéma qui se frottent au théâtre sans en avoir les capacités, nous rappellent qu’elles connaissent la scène et savent très bien en jouer. Pierre Maillet fait preuve d’un abattage comique particulièrement irrésistible, notamment dans le rôle de l’officier Wilcox.

La mise en scène de Marcial Di Fonzo Bo et Élise Vigier est soignée, avec un décor cinématographique à souhait, permettant des effets de profondeur intéressants. On peut par contre s’interroger sur la pertinence de faire jouer à plusieurs reprises deux scènes en même temps. Si l’effet est au début amusant et parfois justifié par la confusion que traversent les personnages eux-mêmes, l’utilisation régulière du procédé finit par lasser, voire agacer, car il devient impossible de suivre les dialogues.

La Estupidez est un spectacle à budget conséquent qui bénéficie d’un casting de choix. Tout y est beau et plutôt bien fait. Peut-être manque-t-il justement l’urgence de certaines productions plus humbles, obligées de se centrer sur l’essentiel. Ici, il est évident que les metteurs en scène se sont fait plaisir et que les comédiens s’amusent beaucoup, mais le spectateur se sent quelque peu laissé pour compte… On a ri, certes, mais on s’est aussi ennuyé et l’on quitte la salle sans être sûr de ce qu’on a vraiment voulu nous dire.

La Estupidez (la connerie) de Rafael Spregelburd, mise en scène de Marcial Di Fonzo Bo et Élise Vigier, théâtre de Chaillot
Avec : Marcial Di Fonzo Bo, Marina Foïs, Pierre Maillet, Grégoire Œstermann, Karin Viard
Crédit photographique : Christian Berthelot

Article originellement publié sur Culturofil.net

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