Jusqu’au 31 décembre 2009, théâtre La Bruyère

En 1936, Alfred Hitchcock adapte au cinéma le livre de John Buchan, Les 39 Marches, film qui va permettre d’asseoir sa popularité aux États-Unis. Ensuite, ce sera au théâtre de s’emparer de cette histoire d’espionnage aux multiples rebondissements, notamment sur les scènes londoniennes, et aujourd’hui à Paris sous la houlette d’Éric Métayer.

La pièce nous fait suivre les aventures de Richard Hannay, embarqué bien malgré lui dans une affaire d’espionnage. Lors d’un spectacle de music-hall, il rencontre une Allemande séduisante qui lui demande de l’aide, étant poursuivie par de mystérieux agents qui ne lui veulent pas que du bien. Richard est sceptique, mais il accepte de l’emmener chez lui pour des raisons plus liées à la belle allure de la dame qu’à sa sécurité… Le lendemain, au réveil, son quotidien bascule : la jeune femme a été assassinée pendant la nuit alors qu’elle se trouvait dans son appartement et qu’il s’était endormi. Sa seule chance de se disculper est de poursuivre l’enquête sur des secrets militaires que l’inconnue était en train de mener. À cette fin, il se met en route pour l’Écosse.

Dans sa mise en scène, Éric Métayer assume un sympathique parti pris cheap pour créer avec presque rien tout ce qu’on voit plus souvent sur le grand écran que sur les planches. Les quatre comédiens interprètent plus de cent cinquante personnages et, grâce à des astuces inventives, Métayer nous fait voyager, nous offre une poursuite d’avions et même le monstre du Loch Ness !

Fort de son expérience, l’acteur-metteur en scène réussit avec brio deux aspects en particulier de cette comédie : maintenir de bout en bout un rythme soutenu qui ni ne retombe ni ne s’emballe trop, et apporter de judicieux clins d’œil montrant que la troupe ne se prend pas au sérieux. Ce dernier point atteint son hilarant apogée lorsque Richard Hannay se réfugie dans l’hôtel À la cigale écossaise, et que pendant un court aparté les comédiens s’engueulent à qui mieux mieux sur le ridicule de leurs accents méridionaux et de leurs tenues écossaises à la sauce provençale…

Seul Christophe Laubion tient un seul rôle, celui de Richard, présent dans chaque scène. Ses trois acolytes, eux, volent de personnage en personnage tout du long, avec un abattage assez impressionnant. Certaines trouvailles sont savoureuses, comme le moment où Éric Métayer et Jean-Philippe Bêche prennent au pied de la lettre l’expression « avoir plusieurs casquettes » : armés de différents couvre-chefs, ils arrivent à recréer à eux deux la foule d’une gare. De par son engagement de chaque instant, l’élasticité avec laquelle il utilise son corps et son visage, la prestation de Métayer est particulièrement jubilatoire.

Tout n’est pourtant pas parfait, quelques choix sont trop systématiques, comme le gag récurrent des accessoires manquants, qui perd de sa force comique en étant trop utilisé. Certains aspects du travail ne sont pas assez léchés, comme les choix d’accents pour les personnages, pas toujours très heureux ou très bien tenus : l’accent allemand d’Andrea Bescond est particulièrement inconsistant. C’est d’ailleurs du côté des personnages féminins que le bât blesse le plus, pas forcément du fait de l’actrice, mais plutôt de la direction qui leur est donnée. Les femmes semblent toutes niaises et inintéressantes, alors que le texte laissait la place pour en faire des caractères plus forts.

Voilà donc une adaptation rondement menée et drôle des 39 Marches, mais qui ne parvient pas vraiment à atteindre tout son potentiel.

Les 39 Marches de John Buchan et Alfred Hitchcock, mise en scène d’Éric Métayer, théâtre La Bruyère
Avec : Éric Métayer, Jean-Philippe Bêche, Andrea Bescond, Christophe Laubion
Crédit photographique : Lot

Article originellement publié sur Culturofil.net

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