Jusqu’au 28 janvier 2010, théâtre du Temps

Au sein d’une entreprise à la réglementation draconienne, des employés se croisent sur la terrasse où ils viennent voler quelques minutes de tranquillité pour griller une cigarette, bien que cela soit strictement interdit. Dans ce no man’s land qui n’est ni vraiment dehors ni vraiment dedans émergent peu à peu leurs peurs, leurs folies plus ou moins douces, leurs amours, leurs alliances secrètes et les multiples enjeux de pouvoir qui sous-tendent tous les microcosmes.

Cette comédie grinçante saupoudrée d’une touche d’absurde a été très clairement une source d’inspiration ludique pour la compagnie Un d’essence et Johanna Guetta. La mise en scène de cette dernière regorge de bonnes idées et ne se laisse pas arrêter par les moyens limités inhérents aux petites productions. La façon, par exemple, dont chacun a un geste qui lui est propre pour symboliser la détente procurée par la cigarette, est une excellente trouvaille.

Guetta arrive à créer une atmosphère légèrement décalée qui colle parfaitement avec les personnages d’Après la pluie, eux qui s’affolent de plus en plus, piégés dans leur entreprise comme des mouches prises dans un bocal. La mise en scène joue sur les stéréotypes, mais en gardant assez de tendresse pour ces employés déboussolés afin qu’ils restent attachants.

Si ce travail fonctionne, c’est aussi bien sûr grâce au jeu des comédiens. Une énergie très généreuse se dégage de l’ensemble de la troupe. On soulignera les compositions particulièrement justes et drôles de Frédérique Fricker en secrétaire idiote et Anna Coulon en frappadingue déversant sur ses collègues ses théories sur tout, comme un prophète apporterait la bonne parole.

C’est finalement le texte du dramaturge espagnol Sergi Belbel qui peine parfois à convaincre. Malgré une situation de départ intéressante et de bonnes répliques, le sexisme et les clichés sur lesquels sont construits les personnages sont assez décevants : les hommes sont fragiles ; les femmes fortes sont des tyrans ; si une secrétaire ne va pas bien, c’est parce qu’elle est mal baisée… Pour une pièce écrite il y a seulement une quinzaine d’années, on était en droit d’attendre une vision plus moderne et subtile des rapports homme/femme, que cela soit au travail ou en couple.

C’est d’autant plus à l’honneur de la compagnie Un d’essence d’apporter une joyeuse créativité et d’arriver à faire rire de façon intelligente à partir d’un texte qui manque d’envergure.

Après la pluie de Sergi Belbel, mise en scène de Johanna Guetta, théâtre du Temps
Avec : Éric Barreau, Angélique Brès, Julie Cataldi, Anna Coulon, Frédérique Fricker, Nathaël Gozlan, Jérémie Kalil, Mélanie Vindimian

Article originellement publié sur Culturofil.net

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