Jusqu’au 6 décembre 2009, théâtre de la Commune, puis en tournée

Dans les années 1930, aux États-Unis, la crise bat son plein. Le père de Tom a abandonné le foyer familial il y a déjà longtemps, le jeune homme vit avec sa mère Amanda et sa sœur Laura. Dans leur appartement, l’ambiance est étouffante : la mère projette ses angoisses d’abandon sur son fils et ses fantasmes de mariage réussi sur sa fille handicapée qui, elle, n’est intéressée que par ses vieux disques et sa collection de figurines en verre.

Montée pour la première fois en 1945, La Ménagerie de verre est une des premières pièces de Tennessee Williams et si elle va lui apporter le succès, elle n’est pas aussi aboutie que les chefs-d’œuvre qu’il écrira par la suite, tels qu’Un tramway nommé Désir ou La Chatte sur un toit brûlant. Les règlements de compte œdipiens et la culpabilité par rapport à la sœur malade de l’auteur transpirent du texte, mais on y trouve aussi tous les éléments qui vont en faire un dramaturge majeur : la tendresse qu’il porte aux personnages torturés, ceux qui sont à la marge, à qui il fait traverser des récits à la noirceur ironique révélant toute la dimension tragique de ces laissés-pour-compte.

Le quatuor de comédiens de cette nouvelle version est impeccable. Dans le rôle de Tom, Stéphane Facco arrive à ne pas se faire piéger par l’exercice périlleux imposé par Williams : de narrateur, il doit passer à acteur, une transition casse-pipe qu’il assume très bien. Il porte les ambiguïtés de ce jeune homme qui veut être là pour sa famille – surtout sa sœur –, mais qui veut aussi devenir maître de son existence, connaître l’aventure que pour l’instant il ne vit que par procuration en allant au cinéma presque tous les soirs. Chaque film devient pour lui une bouée de sauvetage à laquelle il s’accroche pour ne pas se noyer, écrasé par une mère castratrice, culpabilisante et un travail sans intérêt aux entrepôts. On retiendra particulièrement la scène où il danse, tel un matador qui semble vaciller entre le désir de tuer ou de se faire tuer.

Agathe Molière amène une sœur qui évite de tomber dans la niaiserie où ce rôle est trop souvent enfermé. Elle donne à son personnage toute son ampleur et en révèle avec subtilité la force cachée dans le face à face émouvant avec Jim, le « prétendant » (Michaël Abiteboul). Et puis il y a la magistrale interprétation de Luce Mouchel, en mère hystérique qui n’a jamais vraiment pu faire le deuil de son mariage et qui se réfugie dans sa gloire passée de jeune fille entourée d’attentions masculines. C’est un monstre. Un monstre devenu monstre à cause de blessures jamais cicatrisées, dont l’amour n’est pas porteur de vie mais de mort à force de ne plus laisser aucune place à l’autre. Elle est si facile à détester qu’il faut tout l’art de Mouchel pour arriver à la rendre touchante.

La mise en scène est un peu trop systématique, notamment dans le jeu avec le rideau de fils qui coupe le plateau en deux, un acteur étant – trop – souvent placé derrière pour souligner l’incommunicabilité entre les êtres. Si cela marche dans l’échange quasi amoureux entre Laura et Jim, il y a de nombreuses fois où le procédé est trop démonstratif. Idem pour les projections de phrases clés du texte sur un écran, à la manière des intercalaires dans les films muets. L’hommage au cinéma et sa place dans la pièce sont nettement mieux rendus par les quelques incartades des comédiens derrière ce même écran de projection, les faisant apparaître en ombre chinoise démesurée et décalée.

Si l’ensemble manque un peu de souffle, La Ménagerie de verre est à voir pour la belle prestation des comédiens qui parviennent à valoriser un texte pourtant peu évident.

La Ménagerie de verre de Tennessee Williams, mise en scène de Jacques Nichet, théâtre de la Commune
Avec : Stéphane Facco (Tom), Luce Mouchel (Amanda), Agathe Molière (Laura), Michaël Abiteboul (Jim)
Visuel : Marc Daniau

Tournée :
– 9 et 10 décembre 2009, L’Hippodrome, Douai
– 18 décembre 2009, Le Parvis, Tarbes Pyrénées
– du 7 au 9 janvier 2010, Scène nationale de Sénart
– du 12 au 16 janvier 2010, Théâtre national de Bordeaux
– 20 et 21 janvier 2010, théâtre Forum Meyrin (Suisse)
– du 25 au 29 janvier 2010, Le Grand T, scène conventionnée Loire-Atlantique
– 2 février 2010, théâtre de Vevey (Suisse)
– 10 et 11 février 2010, théâtre de Cornouaille, Quimper

Article originellement publié sur Culturofil.net

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