Parution le 05 novembre 2009

Oui, il s’agit bien d’un livre dont nous allons parler et non du mythique, incontournable, immense, salutaire London Calling de The Clash sorti en décembre 19791. Forcément, l’album hante London Calling, dix-neuf histoires rock et noires, un recueil de nouvelles dont les textes ont tous pour titre une chanson du disque et sont présentés dans l’ordre de la playlist. Comment et quoi écrire sous l’influence de ce chef-d’œuvre du rock ? Dirigé par Jean-Noël Levavasseur, ce London Calling-là est un projet difficile. Difficile parce que périlleux : se confronter – enfin, se confronter n’est pas le but, c’est impossible, disons faute de mieux que le livre rend hommage – à un tel monument du rock est presque kamikaze. La musique rock a rarement donné de bonnes fictions2, tombant généralement dans le lieu commun, voire la bêtise. De fait, c’est à reculons que les fans du groupe de Joe Strummer entameront la lecture de ces dix-neuf nouvelles.

Souvent, lorsque l’on saisit un livre, on le feuillète avant même de le lire, on regarde un peu ce qu’il y a à l’intérieur, on découvre son architecture, les formes que dessine l’enchevêtrement des paragraphes. C’est à ce moment-là qu’on parcourt les illustrations, lorsqu’il y en a. Et c’est le cas ici. Tirées d’une bande dessinée de Serge Clerc sur The Clash parue dans Métal hurlant en 1980, ces illustrations plutôt grossières, esthétiquement très datées, n’aident pas à atténuer nos craintes, bien au contraire. Mais on se dit qu’il ne faut pas s’arrêter là et que les textes proposés par les dix-neuf auteurs pourront peut-être – nous l’espérons – nous surprendre.

Malheureusement, ce n’est pas le cas. Les nouvelles de ce recueil se suivent et se ressemblent : enfilages de clichés (sur les cités et la délinquance, sur les vieux punks qui sont forcément des ivrognes sectaires mais de bon bougres) ou style argotique brassant un inepte et dépassé (pour ne pas dire faux) langage populaire afin de faire plus rock, entre la tendance néo-polar et le parlé des marlous d’après-guerre. D’autant qu’on remarque vite que certains nouvellistes ont profité de l’occasion pour parler de la musique qu’ils aiment, eux (dans London Calling, on parle plusieurs fois des Who, souvent des Beatles, un peu du blues ou d’Otis Redding…). Beaucoup de textes donnent l’impression d’avoir été écrits il y a des années et que leurs auteurs ont dû dans l’empressement coller a posteriori au projet, ce qui n’a pas l’air d’avoir été trop compliqué pour eux : ils font entendre une chanson de l’album à leur personnage et le tour est joué ; ils peuvent se concentrer à nouveau sur leur histoire.

Bien sûr, on découvre dans London Calling, dix-neuf histoires rock et noires quelques bonnes tentatives, comme dans le Jimmy Jazz de Pierre Mikhaïloff qui invente des interviews de l’entourage du groupe au sujet du fameux Jimmy, ou encore le trop littéral Spanish Bombs de Annelise Roux qui imagine un Joe Strummer devenu clochard à Madrid et qui assiste aux attentats de la gare d’Atocha, alors qu’il est officiellement mort. On tombe également sur quelques nouvelles agréables : dans The Right Profile de Jan Thirion, on perçoit un peu le souffle et l’engagement politique du groupe anglais grâce à un récit plutôt maîtrisé œuvrant contre l’intolérance du thatchérisme, tendance que l’on retrouve également dans le Death or glory de Jean-Noël Levavasseur avec son histoire de voyou roadie (profession récurrente dans le livre). Mais ces modestes réussites n’arrivent pas à empêcher l’enlisement de l’ensemble dans le style du polar poisseux et répétitif, brassant une langue sous-célinienne et pseudo prolétaire. Au pire, on est face à un prétendant au prix du meilleur pastiche de San Antonio version punk ; au mieux, à un ersatz de Patrick Eudeline encanaillé.

En choisissant la tournure nostalgique, les trois dernières nouvelles du recueil (I’m Down de Christian Roux, Revolution Rock de Caryl Férey et Train In Vain de Jean-Luc Manet) parviennent à éveiller notre intérêt, tout relatif, en convoquant nos propres souvenirs de London Calling (pour peu qu’on ait le même âge qu’eux ou que l’on ait écouté le disque au moins une fois). Mais il est trop tard, le livre s’achève. Alors puisque London Calling fête ses trente ans, nous n’avons qu’une chose à dire : réécoutez The Clash !

London Calling, dix-neuf histoires rock et noires sous la direction de Jean-Noël Levavasseur
Auteurs : Jean-Hugues Oppel, Thierry Crifo, Pierre Mikaïloff, Max Obione, Olivier Mau, Annelise Roux, Jan Thirion, Marc Villard, José-Louis Bocquet, Mouloud Akkouche, Michel Leydier, Jean-Noël Levavasseur, Thierry Gatinet, Sylvie Rouch, Jean-Bernard Pouy, Frédéric Prilleux, Christian Roux, Caryl Férey, Jean-Luc Manet
Éditions Buchet-Chastel
219 pages
Crédit photographique : éditions Buchet-Chastel, Sony Music Entertainment

Article originellement publié sur Culturofil.net

  1. Et oui, trente ans déjà et pas une ride. []
  2. Nous précisons fiction parce que pour ce qui est des récits et des documents à ce sujet, il y a eu, de Lester Bangs à Nick Kent, de véritables pépites. Et, bien entendu, l’excellent High Fidelity de Nick Hornby est hors concours. []

Une réflexion sur “London Calling, dix-neuf histoires rock et noires sous la direction de Jean-Noël Levavasseur

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