Jusqu’au 2 mai 2010, Comédie-Française

Sir John Falstaff, déjà compagnon de débauche d’Henry IV dans la pièce éponyme, revient sous la plume de William Shakespeare comme personnage principal des Joyeuses Commères de Windsor. Lors d’une très arrosée soirée à la taverne, Falstaff raconte à sa tablée ses mésaventures lors de son passage dans la ville de Windsor. Il y donne des rendez-vous amoureux à deux bourgeoises locales, mesdames Lepage et Duflot, en espérant pouvoir en tirer quelques profits financiers. Mais les deux dames sont amies : elles vont vite mettre à jour son stratagème et décider de le duper à leur tour.

Relativement peu montée par rapport à d’autres pièces de Shakespeare, Les Joyeuses Commères de Windsor est une comédie morale, qui se joue aux dépends de Falstaff, homme vantard, trouillard et pour le moins peu scrupuleux. Si l’on y trouve tous les éléments d’une farce classique – les détournements d’identité et autres travestissements, ainsi que les pièges élaborés pour révéler les véritables intentions des uns et des autres –, l’ensemble n’a pas la complexité d’autres œuvres du barde dans ce registre, telles que Le Songe d’une nuit d’été ou La Nuit des rois.

Il y a néanmoins matière à un spectacle enlevé et drôle, défi que n’a que partiellement relevé Andrés Lima dans sa mise en scène. Si des passages sont réussis, d’autres sont très confus, cassent le rythme et rendent l’intrigue difficilement compréhensible pour les spectateurs, notamment dans la première partie. Deux problèmes techniques se posent ici : d’une part dans les scènes de foule, les effets de brouhaha couvrent le texte de l’acteur censé être écouté, et d’autre part deux personnages sont caractérisés par des accents si forts qu’on peine souvent à saisir le texte (il s’agit de Messire Hugues Evans et du Docteur Caïus, respectivement affublés d’accents belge et russe).

Heureusement, certaines scènes et surtout certains personnages fonctionnement très bien et viennent redonner de l’intérêt et de la vitalité à ces Joyeuses Commères. La prestation de Christian Hecq en mari jaloux qui se croit trompé par sa femme est savoureuse : bien que plongé dans un univers totalement différent, on retrouve ici toutes les qualités de son jeu physique et généreux qui avait marqué sa formidable performance dans Boliloc de Philippe Genty. Il n’est pas le seul à tirer son épingle du jeu : Alexandre Pavloff fait une bonne composition en prétendant bêta et orgueilleux, Cécile Brune propose une Mme Lepage drôlissime et dans le petit rôle de Fenton, Loïc Corbery fait comme à son habitude preuve d’une présence magnétique.

Ainsi, grâce au talent de la troupe du Français, émergent des moments de comédie brillants. On regrette d’autant plus que l’ensemble soit inégal, car on aurait aimé voir ces Joyeuses Commères de Windsor étinceler de leur humour de bout en bout.

Les Joyeuses Commères de Windsor de William Shakespeare, mise en scène d’Andrés Lima, Comédie-Française
Avec : Bruno Raffaeli (Sir John Falstaff), Christian Hecq (M. Duflot), Thierry Hancisse (Messire Huges Evans), Alexandre Pavloff (Maigreux), Cécile Brune (Mme Lepage), Catherine Sauval (Mme Duflot), Catherine Hiegel (Madame Pétule)
Crédit photographique : Cosimo Mirco Magliocca

Article originellement publié sur Culturofil.net

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