Album paru le 4 novembre 2009

Ils sont de retour, pour jouer de mauvais tours ! Le trio de roublards le plus connu du territoire revient, et ils sont bien décidés à se refaire. Après avoir fait l’objet d’une intégrale paru il y a un an chez Vents d’Ouest, les Pieds Nickelés débarquent chez Delcourt dans une toute nouvelle version qui tente un paradoxe : renouer avec les origines plus que centenaires de la série tout en mettant les héros à l’heure du XXIe siècle.

Si le trio a connu quelques autres repreneurs, aucun n’a jamais réussi à atteindre la cheville des deux artistes au trait vif, au regard acéré sur leur époque que furent Louis Forton, le créateur, et René Pellos, le classique. Quoi de plus normal que de voir resurgir les compères en ces temps de crise propices à de multiples combines fructueuses. Revoici donc Croquignol, Filochard et Ribouldingue dans une aventure qui commence exactement comme la toute première planche de Forton : Croquignol sort de taule et retrouve ses vieux amis. La suite est plus originale : atterrissant dans un squat, les trois arnaqueurs décident de se mettre provisoirement du côté des SDF et des militants qui dénoncent les « marchands de sommeil ». Juste le temps de palper l’oseille, on s’en doute.

Ce sont Stéphane Oiry (Pauline et les loups-garous, Ronchon & Grognon…) et Trap (Grenadine et Mentalo) qui s’y collent. Reprendre une bande dessinée n’est pas une tâche réputée facile. On connaît des précédents fâcheux (Les Pieds Nickelés, notamment, qui ont connu bien des auteurs sans qu’aucun, en dehors de Pellos, ne parvienne à s’imposer), mais aussi d’incontestables réussites (Greg reprenant Zig et Puce de Saint-Ogan, et bien entendu la longue chaîne de reprises des Aventures de Spirou et Fantasio depuis Rob-Vel, en passant par Jijé, Franquin et Tome et Janry). C’est dire que l’ambition était grande !

Oiry et Trap ont décidé de se démarquer de la terrible influence pellosienne : fini les distinctions de proportions, Croquignol, Filochard et Ribouldingue affichent de nouveau les mêmes mensurations. Les différences de caractères sont plus affirmés (Ribouldingue est poète, Croquignol roublard, Filochard obstiné…). Et surtout l’univers autour a changé. Les bobos rachètent les débits de boissons pour en faire des appartements, on parle ouvertement de sexe (chose impensable dans un divertissement familial des années quatre-vingt)… le scénario égratigne successivement les bobos, les marchands de sommeil, les activistes chanteurs (type Restos du Cœur) et les politiques : cahier des charges rempli. Pourtant, on ressent un peu moins de sympathie pour les trois compères. On gardait, peut-être à tort toutefois, le souvenir d’arnaqueurs au grand cœur. Pourtant, les auteurs rappellent que les Pieds Nickelés n’ont jamais été militants : volontiers qualifiés d’anarchistes, ils ne tentent pas de réformer la société mais tout au plus de voler les riches. Pour donner à eux-mêmes. Mais voilà, au moins ne spoliaient-ils que les riches ! Ici, les sans domicile eux-mêmes font les frais de leurs combines.

En revanche, du côté graphique, le pari est tenu. Adroit mélange de vieux style et de modernité (une belle encre de Chine à la plume, tramée de gros points noir), le style met en valeur un Paris décidément indémodable, celui des titis et des piliers de bar. Et côté textes, on a aussi droit à quelques fulgurances. Notre préféré ? « Un bon chez-soi vaut bien deux tentes Quechua. » Une sentence qui mériterait de figurer en slogan pendant l’hiver à venir.

La Nouvelle Bande des Pieds Nickelés, tome 1, Pas si mal logés !, scénario de Stéphane Oiry, dessins de Trap, éditions Delcourt.

Crédits photographiques : © Guy Delcourt Productions & Oiry et Trap

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