Jusqu’au 31 décembre 2009, théâtre de la Ville

Attention, artiste culte. Fils de Victoria Chaplin et Jean-Baptiste Thierrée (qui reprennent leur Cirque invisible au théâtre du Rond-Point du 23 déc. au 16 janvier), James est un pur enfant de la balle dont les spectacles à la croisée de tous les arts scéniques ont séduit critique et public. Il a une base de fans qui ne jurent que par lui, d’ailleurs, se rendre à l’un de ses spectacles relève plus du concert rock que du théâtre : billets vendus à une vitesse fulgurante et dizaines de personnes qui errent comme des âmes en peine jusqu’à la dernière minute devant le théâtre de la Ville malgré le froid glacial, en espérant trouver une place à racheter.

Ces réactions sont compréhensibles, tant son travail est unique, tant il s’en dégage une poésie visuelle saisissante. Mais ce nouvel opus est-il à la hauteur de toutes ces attentes ? Dans cette création, James Thierrée nous parle de son double, Raoul, un être qui s’est enfermé dans une tour et se confronte à la solitude. Il est là, donc, tout petit au milieu d’un décor impressionnant qui va se décomposer au fil de la représentation. Isolé des autres humains, il communique avec les objets, autrement. Il dialogue avec la musique de son vieux gramophone ou tremble avec les murs de sa tour secouée par le vent.

Dans ce royaume loin de tout, passent parfois des animaux étranges, un peu effrayants mais pas vraiment méchants – ils demandent juste à être apprivoisés. Une tâche qui sied bien à Raoul avec son art consommé du mimétisme qui va lui permettre de se faire comprendre d’eux. Néanmoins, ces visiteurs n’empêchent pas cette première partie du spectacle de tourner un peu en rond. C’est beau, c’est très bien fait, mais le monde de Raoul est replié sur lui-même et laisse finalement le spectateur de côté, en tout cas émotionnellement.

C’est là que justement, à mi-parcours, une bascule se produit : Raoul prend conscience de la présence des spectateurs. À partir de ce moment charnière, l’interprétation de James Thierrée se fait plus déliée, plus ouverte à l’autre, notamment à travers de superbes moments de danse/mime. Il semble pouvoir tout faire avec son corps, en un mouvement devenir singe ou roi. Cette seconde partie emporte plus, mais – est-ce de l’avoir trop attendue ? – laisse un peu sur sa faim. Peut-être cela vient-il aussi de certains effets, certains gags, qui ont perdu de leur fraîcheur.

La force visuelle de Raoul est indéniable et la performance de James Thierrée est techniquement bluffante. C’est un artiste accompli qui vit son rêve, qui fait vivre son rêve. Ce nouveau spectacle est de qualité, mais l’on sent que l’on touche aux limites du genre, que Thierrée s’approche juste un peu trop de la frontière où il se fait plaisir plutôt que de nous faire plaisir.

Raoul écrit et mis en scène par James Thierrée, théâtre de la Ville
Avec : James Thierrée
Crédit photographique : Richard Haughton

Article originellement publié sur Culturofil.net

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *