Jusqu’au 24 janvier 2010, MC93

Inspiré d’un roman populaire chinois du XIVe siècle, Au bord de l’eau est le fruit d’une collaboration au long cours entre l’École d’Opéra de Pékin et la MC93 de Bobigny. À défaut de retranscrire l’intégralité de cette longue épopée narrant les aventures de cent huit brigands d’honneur combattant la corruption de l’État, cette création s’est donnée pour ambition de nous en faire découvrir des extraits, en nous révélant en parallèle un pan du travail quotidien des élèves de l’École.

Un choix judicieux pour un public occidental peu familier avec les arts scéniques chinois. Cet enchaînement de saynètes permet de mettre en valeur la variété des talents des artistes présents et de dynamiser des formes narratives parfois obscures pour le spectateur européen. L’interprétation des acteurs chinois est en effet très différente des codes auxquels nous sommes habitués : que cela soit les visages peints, les postures ou les costumes, les repères ne sont pas les mêmes et il est facile de se sentir quelque peu perdu. De ce fait, cette approche par petites touches permet d’entrer en douceur dans cet étonnant univers.

Les scènes d’entraînement reflétant la formation des élèves de l’École d’Opéra de Pékin sont saisissantes : le groupe répète chaque geste encore et encore et ce dès le plus jeune âge (le concours d’entrée se présente à partir de 6 ans), jusqu’à atteindre des mouvements fluides, parfaitement maîtrisés. Résultat : danser à un rythme soutenu en envoyant son pied par dessus son épaule paraît aussi naturel pour eux que pour nous d’aller acheter une baguette… On a ensuite le plaisir de reconnaître dans les courts récits qu’ils nous racontent certaines des figures ainsi préparées.

L’esthétique est très soignée, que cela soit dans les maquillages, les costumes, les compositions scéniques ou les mouvements. Dans les épisodes d’Au bord de l’eau, les combats sont particulièrement beaux. Là aussi, la fluidité est le maître mot. La représentation des confrontations, seul à seul ou en groupe, est un croisement superbe entre danse et techniques guerrières. On ne se touche pas, on s’effleure, comme si le contact rendrait les coups vraiment meurtriers – le résultat, presque irréel, est fascinant.

L’utilisation ponctuelle de la vidéo est très réussie. Notamment lors d’une scène où deux enseignants se remémorent de vieux souvenirs de préparation de spectacle, est projeté en arrière-plan la séance de maquillage d’un des étudiants, séance qui a bel et bien lieu sur le côté du plateau. Une autre séquence permet de suivre le tracé impeccable d’un calligraphe, vidéo qui sert de toile de fond à un solo de danse – le parallèle fonctionne très bien, l’écriture et la danse demandant tous deux une discipline du geste qui se rejoint ici avec élégance.

Pendant deux heures, Au bord de l’eau nous propose une aventure culturelle et artistique, exotique et foisonnante. Une belle découverte à faire du fond de son fauteuil de voyageur immobile mais béat.

Au bord de l’eau d’après Shi Nai-An, mise en scène de Patrick Sommier, MC93.

Avec les enseignants, musiciens et élèves de l’École d’Opéra de Pékin.

Crédit photographique : Michel Gantner

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