Présenté dans le cadre du Festival Standard idéal du 29 janvier au 14 février 2010, MC93

L’Orchestra Di Piazza Vittorio a pour particularité d’être composé de musiciens venus du monde entier, utilisant entre autres des instruments traditionnels de leur culture. Sous la direction de Mario Tronco, ils réinventent des partitions que nous pensons tous connaître, mais en les faisant passer ici par des couleurs cubaines, là par un rythme indien ou par un chant arabe. La Flûte enchantée revisitée par des pros de la world music ? Après la brillantissime version Impimpe Yomlingo présentée par Isango Portobello au théâtre du Châtelet en octobre dernier, voilà une idée qui semblait propre à réveiller et émerveiller nos yeux et nos oreilles.

La réussite n’est malheureusement ici que partielle. Si l’on approche cette Flûte enchantée comme un concert inspiré du chef-d’œuvre de Mozart, cela peut fonctionner. Les musiciens sont des professionnels accomplis qui passent avec aisance d’un univers musical à un autre : reggae, cuivres jazzy, rock, mélopées orientales, chacun apporte sa touche, souvent avec élégance. Avec tout de même un bémol de taille : les voix féminines. Petra Magoni chante techniquement bien, mais sa tessiture est plate, vidée d’émotion, ce qui est pour le moins dommage pour les morceaux de bravoure que représentent les airs de la Reine de la nuit. Quant à Sylvie Lewis (Pamina), son interprétation est fade et sans relief. On reste perplexe sur l’accent américain (elle est anglaise) qu’elle adopte en ayant bien du mal à le tenir de bout en bout et dont on ne comprend pas l’intérêt.

Si, en se basant sur le titre et la présentation du spectacle, on approche cette Flûte enchantée comme du théâtre musical (le terme « opéra » étant ici inadapté), la déception est au rendez-vous. À force d’être simplifiée, l’histoire perd tout son sens et les personnages sont réduits à des êtres unidimensionnels. De ce fait, on ne s’attache pas à leurs tribulations et l’on devient très vite indifférents à leur sort. Plus gênant encore est la distribution des rôles. Avec un tel ensemble brassant des artistes venant de pays aussi variés que la Tunisie, les États-Unis, l’Italie, l’Équateur, le Sénégal et bien d’autres, il y avait de quoi se jouer des clichés culturels. Malheureusement, c’est tout le contraire : la Reine de la nuit (la « méchante ») chante en allemand, le serviteur traître (Monostatos) en arabe, la jeune héroïne un peu gourde (Pamina) en anglais-américain, etc. Avec la richesse ethnique et culturelle présente sur scène, il y avait pourtant une belle occasion de sortir de ces images rebattues et au parfum quelque peu nauséabond.

Finalement, l’aspect le plus réussi n’est pas la musique ou le récit, mais le décor : tout au long de la représentation, des dessins colorés sont projetés sur un écran en triptyque. L’effet est beau et joyeux, facilite les changements d’ambiance tout en gardant une cohérence graphique. Les écrans sont aussi utilisés avec intelligence pour un court passage très amusant, où une partie de l’histoire est racontée sous forme de roman-photo. Dommage que les autres éléments n’aient pas atteint à cette diversité unie et ludique.

Au bout du compte, il aurait peut-être mieux valu que Mario Tronco  soit se débarasse tout à fait du livret pour faire un concert inspiré de Mozart, soit travaille beaucoup plus l’histoire, l’interprétation et le message qu’il souhaiterait y voir porter. Cette espèce d’entre-deux est frustrant, voire agaçant, par ces maladresses et son manque de vision globale.

La Flûte enchantée d’après Wolfgang A. Mozart, par l’Orchestra Di Piazza Vittorio, MC93

Direction artistique et musicale : Mario Tronco

Avec : Omar Lopez Valle (narrateur), El Hadij Yeri Samb (Papageno), Petra Magoni (la Reine de la nuit), Sylvie Lewis (Pamina), Awalys Ernesto Lopez Maturell (Pamino), Carlos Paz Duque (Sarastro)

Crédit photographique : Guillaume Perret, Orchestra Di Piazza Vittorio

Festival Standard idéal (pour voir le détail, cliquer ici) :

–   29 au 31 janvier : La Flûte enchantée

–   4 au 7 février : Blackface

–   6 et 7 février : Woyzeck

–   11 au 14 février : Une maison de poupée

–   11 au 14 février : Hedda Gabler

–   11 au 14 février : événements divers autour du thème « Ballade catalane »

–   18 et 19 février : La Toison d’or

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