Jusqu’au 30 janvier 2010, théâtre de la Bastille

Parlement n’est pas une pièce à proprement parler, plutôt une expérience à laquelle on accepte de se laisser aller. Pendant une heure, Emmanuelle Lafon, seule en scène, enchaîne quasi sans interruption des courts extraits de discours, des bribes de conversation, des passages de publicités ou de dessins animés, des instructions, etc. Un bric à braque de choses entendues de-ci de-là et collectées dans le cadre du projet l’Encyclopédie de la parole, mené par un collectif d’artistes dont le slogan est « Nous sommes tous des experts de la parole. »

Tout, ici, tourne autour de la voix, cet outil aux multiples facettes que nous utilisons au quotidien, souvent sans même plus y prêter attention. Avec Parlement, nous sommes invités à la redécouvrir, à s’attacher à chaque inflexion, changement d’intonation, variation de tessiture ou d’accent. Il s’agit pour le spectateur de devenir caisse de résonance, d’écouter ce que provoque en lui chaque rebondissement de cette « proposition » de l’auteur Joris Lacoste.

Si certains extraits utilisés sont célèbres ou récents et donc immédiatement reconnaissables, c’est loin d’être toujours le cas, d’autant plus que quelques passages ne sont pas en français. De façon intéressante, on s’aperçoit que même si l’on ne les connaît pas, il est assez aisé de deviner rapidement de quel type de discours il s’agit : parole de propagande, parole intime, parole brisée, parole calibrée… On prend conscience des nombreux codes de communication que nous avons parfaitement intégrés et qui font effectivement de chacun de nous des « experts de la parole ».

Pour que ce dispositif fonctionne, il fallait une interprète d’exception, ce que Joris Lacoste a trouvé en Emmanuelle Laffon. En quelques secondes, elle change sa voix, passe d’un chuchotement tremblé à une déclamation assurée en passant par une annonce radio ou du slam. Sa virtuosité technique étonnante semble lui permettre de créer un nouveau genre : l’acrobatie de la parole.

Dans la seconde moitié de Parlement, une autre possibilité s’esquisse : certains personnages vocaux reviennent (« le petit bidon », particulièrement réussi) et au-delà de l’expérimentation et de la recherche se dessine une nouvelle voie. Il y aurait matière à créer un spectacle qui utiliserait les mêmes techniques, mais en incluant du narratif ; un spectacle basé sur des voix chorales comme le fait Parlement, avec des histoires plus connectées les unes aux autres… Une piste pour un nouveau projet de Lacoste et Laffon ?

Parlement, une proposition de Joris Lacoste/L’Encyclopédie de la parole, théâtre de la Bastille

Avec : Emmanuelle Lafon

Crédit photographique : Huma Rosentalski

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