Festival du 28 au 31 janvier 2010

En janvier, on souhaite le nouvel an, on mange la galette, on tire les rois et, en toute dernière extrémité, on va dépenser ses sous à Angoulême pendant le Festival international de la bande dessinée (FIBD).

Cette année, c’était en outre l’occasion de découvrir le nouveau Musée international de la bande dessinée et de l’image (MIBDI), inauguré en juin 2009 dans une certaine discrétion, sis de l’autre côté de la Charente, face à la CIBDI (Cité etc.). Et, en l’occurrence, d’y visiter la fascinante exposition Cent pour Cent, dans laquelle cent auteurs contemporains rendent hommage à cent planches cultes (en fait cent dix, mais on ne va pas chipoter). Des artistes du monde entier, de tous les styles et mouvances, ont participé à ce must-see du neuvième art. Là, Frank Pé rend hommage à Franquin, ici, Goosens continue une planche d’Hergé, Trondheim singe David B…

D’autres expositions valaient également le détour, notamment celle sur Blutch, très représentative de l’extraordinaire multiplicité des talents du président de cette année. Une exposition sur le dessin d’humour, très bien documentée quoiqu’un peu bavarde, méritait elle aussi sa place. Plus classiques, des espaces dédiés à Léonard et aux Tuniques bleues n’étaient pas sans intérêt non plus.

Pourtant, cette session 2010 ne restera sans doute pas dans les annales. D’abord parce qu’elle ne comportait pas d’événement majeur. Les grandes performances des années Zep (les concerts de dessins) et Trondheim (les 24 heures de la bande dessinée) sont désormais institutionnalisées. L’an dernier avait été marqué entre autres par l’étonnant collectif La Maison close, orchestré par Ruppert et Mulot et réunissant quelque trente et un artistes. Rien de tel cette fois-ci. Il faut se rendre à l’évidence, le festival ronronne une fois sur deux : cette année, crise oblige, il aurait même failli ne pas avoir lieu (même si on doute que la municipalité angoumoise eût osé un tel sacrifice, le festival étant la principale source de revenus de la ville).

L’autre surprise vient du palmarès, étonnant mélange de vieux et de récent, sans grande cohérence apparente. Si les œuvres mises en avant sont toutes indéniablement de grandes réussites, on peut se demander en quoi le tome 3 de Pascal Brutal (Riad Sattouf, éd. Fluide Glacial) mérite le titre d’album de l’année face à des performances stupéfiantes (et one-shot, donc impossibles à récompenser ultérieurement) du registre de Jolies ténèbres (Vehlmann et Kerascoët, éd. Dupuis) ou de Je mourrai pas gibier (Alfred, éd. Delcourt). De même, si sa série est décidément charmante, quel est l’intérêt de décerner le Prix jeunesse à Julien Neel pour son cinquième Lou ! (éd. Glénat), lui qui avait déjà reçu une distinction équivalente en 2005 pour le premier tome de la même série ? Et passons sur la « révélation de l’année » décerné à Rosalie Blum (Camille Jourdy, éd. Actes Sud BD), série qui en est à son… troisième opus ! On est loin de l’innovation* !

Reste le grand prix du jury, indubitable lui : Baru, auteur de Quéquette Blues et de L’Autoroute du soleil (premier et jusqu’à preuve du contraire seul vrai manga français**), sera donc le président de l’édition 2011. Qu’on espère un peu plus pêchue.

* Sans compter que le système de palmarès établi par Lewis Trondheim il y a trois ans, qui supprimait purement et simplement les catégories pour créer un Grand Prix et six Prix essentiels ex æquo, a été tout bonnement jeté aux orties pour revenir à des catégories plus ou moins judicieuses.

** Qui lui aura valu son deuxième prix du Meilleur album à Angoulême, en 1996.

Le palmarès 2010 :

Fauve d’or – Prix du meilleur album

Pascal Brutal t. 3 – Plus fort que les plus forts, Riad Sattouf, éd. Fluide Glacial

Fauve Fnac-SNCF – Prix du public

Paul à Québec, Michel Rabagliati, éd. La Pastèque

Fauves d’Angoulême

Prix spécial du jury

Dungeon Quest, t. 1, Joe Daly, éd. L’Association

Prix de la série

Jérôme K. Jérôme Bloche, Dodier, éd. Dupuis

Prix intergénérations

L’Esprit perdu, Gwen de Bonneval et Mathieu Bonhomme, éd. Dupuis

Prix « Regard sur le monde »

Rébétiko (la mauvaise herbe), David Prudhomme, éd. Futuropolis

Prix de l’audace

Alpha… directions, Jens Harder, éd. Actes Sud BD

Prix révélation

Rosalie Blum t. 3, Au hasard Balthazar !, Camille Jourdy, éd. Actes Sud BD

Prix du patrimoine

Paracuellos, Carlos Giménez, éd. Fluide Glacial

Prix jeunesse

Lou ! t. 5, Laser Ninja, Julien Neel, éd. Glénat

Prix BD alternative

Special Comics n° 3, Publié à Nanjing (Chine)

Les détails des résultats sur www.bdangouleme.com

Dans les deux mois à venir, le rhinocéros vous proposera les interviews de Fabrice Tarrin (Le Lémurien en colo), Mathieu Sapin (Méga Krav Maga avec Frantico) et Patrick Sobral (Les Légendaires). Alors restez aux aguets…

4 réflexions sur “Angoulême 2010 : drôle de palmarès !

  1. Merci beaucoup. Je vais essayer de faire un dessin spécial pour chaque article que je posterai, et éventuellement pour d’autres aussi… Eugène n’a donc pas fini de se promener.

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