Jusqu’au 21 février 2010, théâtre du Rond-Point, puis en tournée

Ils sont six chevelus, plantés au milieu d’un décor enneigé avec leur Citroën AX en panne et sa remorque. Ils ne font pas grand-chose, ils attendent en buvant des bières, en mangeant des chips et en écoutant de la musique – des sortes d’Estragon et Vladimir version hard-rock. Sauf qu’ils n’attendent pas Godot, mais Isabelle, un petit bout de femme perdue dans un énorme anorak fluo qui s’y connaît en mécanique, contrairement à ces doux rêveurs aux allures de faux durs.

Comme le suggère son joli titre, La Mélancolie des dragons tient plus de la poésie que du récit théâtral classique. Pour entrer dans ce spectacle hors norme, il faut accepter de lâcher prise. Nos chevelus prennent leur temps et même s’ils écoutent du AC/DC et qu’ils ont des blousons de cuir, on comprend que leur tignasse cachent des cœurs de hippies qui croient encore en leur rêve. Leur rêve, ils font d’ailleurs plus qu’y croire, ils le vivent. Avec leur attirail et leur chien, ils vont de ville en ville pour rencontrer le public et lui proposer un parc d’attractions.

Ce en quoi consiste ce parc d’attractions mobile va nous être révélé tout au long de La Mélancolie des dragons. Au début, on rit de leurs moyens dérisoires, comme cette cabine avec des hommes invisibles, constituée de perruques accrochées à un fil et agitées par un ventilateur. Ces rockeurs ne seraient-ils que de grands gamins gentiment ridicules ? Oui, il y a de ça, mais d’une sincérité si désarmante qu’il est difficile de leur résister. Ces personnages ont la capacité magique de s’émerveiller, de voir le monde comme pour la première fois, de penser avec le plus grand sérieux que la beauté naît d’une petite machine à bulles ou qu’une voiture peut se transformer en colline grâce à un drap. Ils ont la grâce de l’innocence, une grâce qui se révèle sous le regard d’Isabelle : par sa simple présence, elle justifie tous les efforts de ces six cœurs purs.

Au service de ce doux rêve, il y a le  travail scénographique de Philippe Quesne. Il compose de très beaux tableaux visuels, n’hésite pas à ajouter des clins d’œil humoristiques en se jouant des codes habituels : ses protagonistes ont beau se trouver au milieu de la campagne enneigée, ils n’hésitent pas à soulever un coin de décor pour brancher leur appareil de projection – et ça marche ! Cet univers est si décalé que l’on accepte volontiers ces entorses au réalisme.

Certains pourront reprocher à Quesne le rythme lent de La Mélancolie des dragons, son absence de narration : quelques spectateurs partis en cours de route montrent que ce spectacle ne fait pas l’unanimité. Mais se laisser plonger dans cet univers est une expérience tranquille et belle, qui appelle à se remettre en contact avec son âme d’enfant, cette partie de nous qui croit encore au « Et si on disait que dans la forêt il y avait un dragon et qu’en fait, ce dragon, il serait orange et il dirigerait le monde ? »

La Mélancolie des dragons écrit et mis en scène par Philippe Quesne, théâtre du Rond-Point

Avec : Isabelle Angotti, Zinn Atmane, Rodolphe Auté, Cyril Gomez-Mathieu, Émilien Tessier, Tristan Varlot, Gaëtan Vourc’h et le chien Hermès.

Crédit photographique : Pierre Grosbois

Détail de la tournée :

– 26 et 27 février 2010  PBA + Eden – Charleroi (Belgique)

– 9 mars 2010  Kaaitheater – Bruxelles (Belgique)

– 11 au 13 mars 2010 – Théâtre Royal de Namur (Belgique)

– 17 au 19 mars 2010 – Maison de la culture de Tournai (Belgique)

– 23 mars 2010 – Le Vivat,  Armentieres

– 27 mars 2010 – Dieppe Scène nationale / Festival Visu

– 23 avril 2010 – Théâtre des Salins, scène nationale de Martigues

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