Jusqu’au 30 mars, MC93

Imogène, fille du roi de Bretagne (Cymbeline), est mariée à Posthumus et ces deux-là s’aiment passionnément. Posthumus est envoyé servir en Italie par le roi, les deux amants se languissent. Au cours de son déplacement, tellement convaincu du caractère inébranlable de la fidélité de sa femme, Posthumus accepte un pari avec un soldat romain, Iachimo, qui pense pouvoir séduire son épouse. Iachimo est un rusé qui n’aime pas perdre : il va trouver le moyen de faire croire à la trahison de la douce Imogène. Bien sûr, Posthumus ne le prend pas très bien…

Au-delà de l’intrigue romantique, Cymbeline est aussi une pièce politique qui montre les enjeux entre le roi Cymbeline, fier de l’indépendance de sa Bretagne, et le tout-puissant Empire romain qui entend bien faire respecter ses lois partout. Amour, trahison, guerre, jeux de pouvoir et même enfants cachés, cette pièce de Shakespeare n’hésite pas à jouer avec tous les ressorts dramatiques.

Pourtant, malgré la richesse narrative, on s’ennuie ferme pendant les plus de trois heures de représentation. Tout semble s’étirer beaucoup trop en longueur, à l’image de la disposition scénique utilisée : les spectateurs sont disposés de chaque côté d’un espace étiré, à la façon d’un podium de défilé de mode. Pourquoi pas ? Encore faut-il que la mise en scène justifie ce choix. S’il fut employé pour souligner la distance entre les personnage – les comédiens se retrouvant à jouer très loin les uns des autres –, le procédé est pour le moins facile et pas forcément cohérent avec la pièce. Sans compter qu’il alourdit l’ensemble à force de multiplier les déplacements inutiles qui distraient du texte.

Cette coquetterie scénographique aurait pu être pardonnée si le reste avait été à la hauteur, mais ce n’est malheureusement pas le cas. Les comédiens1 interprètent leur rôle de façon monochromatique, ne parvenant à faire ressortir les couleurs d’aucun des personnages. L’émotion passe rarement et, le spectateur n’étant pas touché, le désintérêt ne fait que croître au fur et à mesure qu’avance la représentation.

Comme si d’avoir maltraité Cymbeline pendant trois heures ne suffisait pas, Bernard Sobel, le metteur en scène, a eu l’idée d’un changement de rythme brutal pendant le dernier quart d’heure. Soudain, tout s’accélère, les comédiens débitent leurs tirades comme une course contre la montre, rendant impossible de suivre ce qu’ils disent. Cela se veut intelligent et décomplexé vis-à-vis du texte, en fait, c’est une arnaque : après avoir mis à bout la patience des spectateurs, les voilà volés du moment le plus satisfaisant – le dénouement, le moment où la vérité des personnages est mise à nu. Jusqu’à la fin, ce Cymbeline-là ne nous aura pas convaincus. Dommage.

Cymbeline de William Shakespeare, mise en scène de Bernard Sobel, MC93
Avec : Giédré Barauskaite, Olivier Bernaux, Clément Carabédian, Sébastien Coulombel, Thomas Fitterer, Damien Houssier, Mélanie Jaunay, Marie-Cécile Ouakil, Aurore Paris, Olivier Pilloni, Yasmina Remil, Colin Rey, Marie Ruchat.
Crédit photographique : David Anémian

  1. Les acteurs sont des élèves de l’Ensatt. []

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