Parution le 03 février 2010

À près de 102 ans, Manoel de Oliveira continue à faire des films. Même de nos jours (progrès de la médecine sous-entendus), cela est remarquable. Surtout que parmi les « vieux messieurs » du cinéma, tous n’arrivent pas à atteindre la qualité que connaissent les films du maître portugais (on pense notamment à Alain Resnais…). Il n’en demeure pas moins que l’industrie cinématographique peut se targuer de tenir en son sein quelques vaillants postoctogénaires parmi ses plus illustres représentants. Étrangement, cette longévité étonne moins en littérature où on accepte sans en faire la remarque la création d’un écrivain ayant dépassé depuis longtemps l’âge (légal) de la retraite. Réparons cette injustice en soulignant la verdeur, à 97 ans, d’un Henry Bauchau qui sort aujourd’hui son nouveau roman.

Le phénomène surprend forcément peu les lecteurs connaissant la prolixe carrière de l’écrivain belge. De son prix Max Jacob pour Géologie en 1958 à sa trilogie mythologique achevée en 1997 avec Antigone, Henry Bauchau traversa les décennies et ne cessa d’écrire, passant sans encombre de la poésie au théâtre, du roman à l’essai. Mais la reconnaissance ne venant que tardivement (dans les années 1990), on pouvait craindre que la créativité de ce contemporain et ami d’Ernst Jünger et d’Eugène Ionesco, ne se tarisse à l’approche du grand âge. Le succès critique de son précédent opus, Le Boulevard périphérique, montra à quel point Bauchau n’avait rien perdu de sa capacité créative. Et c’est justement cette question de la création face à la vieillesse qui est au cœur de Déluge.

Abandonnant un brillant parcours universitaire, Florence s’est installée près d’un petit port du sud de la France afin d’essayer de soigner une grave maladie. Elle va y rencontrer Florian, un vieux peintre fou et pyromane brûlant chacun de ses dessins et toiles, qu’elle va aider à entreprendre un immense tableau inspiré par le Déluge. Assistée par ses amis, Florence se jette corps et âme dans cette mission, pensant secourir un homme perdu et sauver une œuvre. Mais au contact de l’artiste et de sa création, c’est aussi elle qui va être sauvée.

Hanté par l’inextricable désir de créer coûte que coûte, Déluge est un roman empreint de symboles, certes naïfs, mais permettant d’interroger l’œuvre et la vieillesse sans s’encombrer de complexité. Le récit met en lumière l’idée, peut-être un peu usée, que l’art est à la fois un catalyseur de sentiments et une bouée de sauvetage. De part son style et son maniement de la psychologie des personnages, Henry Bauchau semble chercher, avec Déluge, une nouvelle jeunesse, tout en signant un roman que l’on pourrait lire comme un testament : en peignant son Déluge, Florian désire éteindre ses crises de pyromanie et enfin conserver une œuvre. Pour Bauchau, Déluge pourrait-il être le livre annonçant la fin du feu créateur ? En même temps, si on se réfère une nouvelle fois à Oliveira, Bauchau est encore jeune.

Déluge de Henry Bauchau
Éditions Actes Sud
169 pages
Crédit photographique : éditions Actes Sud

Jusqu’au 10 février 20h, en partenariat avec Actes Sud, Rhinocéros met en jeu cinq exemplaires de Déluge, à gagner en répondant au questionnaire consacré à Henry Bauchau.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *