Tome 3 à paraître le 2 avril 2010

Dans un futur pas si lointain, les robots ont désormais une apparence humaine et des droits. Dans cette société encore loin d’être parfaite, un mystérieux meurtrier semble s’en prendre aux androïdes les plus puissants de la planète. L’inspecteur Gesicht, lui-même robot, prend l’affaire en main et s’en va rencontrer les plus puissants, dont un certain… Astro.

Sur le papier, c’est le choc des titans ! Naoki Urasawa, auteur encensé de Monster et de 20th Century Boys, aux commandes d’un remake d’une des plus célèbres histoires d’Osamu Tezuka, le père du manga. Sorti au Japon à l’occasion de la naissance d’Astro Boy (supposée se situer au 7 avril 2003), alors qu’Urasawa est encore tout auréolé du succès de Monster, ce thriller place en position centrale le personnage de Gesicht1, inspecteur robot travaillant pour Europol. Complexifiant l’intrigue d’origine2, l’auteur contemporain en profite pour aborder divers sujets d’importance, appliquant scrupuleusement cette fameuse méthode qui rend ses œuvres si attachantes : creuser chaque personnage, si secondaire et inexpressif soit-il, pour en faire un individu à la psychologie construite, fouillée et profonde. Ainsi les robots victimes de Pluto3 deviennent-ils des êtres réellement dignes d’estime, nettement plus intéressants que les « robots les plus puissants du monde » (au sens physique du terme) de l’histoire originelle. L’auteur développe par ailleurs les liens qui les rattachent entre eux, créant une intrigue parallèle, plus politique, allant bien au-delà de la quête de puissance qui motivait le méchant de l’histoire initiale4.

À la demande de Macoto Tezka, le fils du maître, Urasawa a conservé son propre style graphique. Les caricatures bien connues de Tezuka, directement inspirées par le « style Disney » alors en vogue, cèdent donc la place à celles d’Urasawa, tout en finesse et expressivité, ce trait caractéristique qui donne l’impression d’avoir déjà croisé les protagonistes dans la rue. Mention spéciale à sa version d’Astro, petit garçon au regard incroyablement intense, et au professeur Ochanomizu, sans doute la caricature la plus difficile à rendre réaliste. Le mangaka profite de l’occasion pour rendre hommage à d’autres aspects de l’œuvre tézukienne : ainsi le maître de North 2, un des robots, a-t-il été soigné dans sa jeunesse par un chirurgien japonais marron aux services extrêmement coûteux. Difficile de ne pas penser immédiatement à Black Jack, autre célèbre série du père d’Astro Boy.

Les robots obéissent également aux lois édictées par Isaac Asimov (en gros : « Un robot ne peut pas faire de mal à un humain, directement ou indirectement »), auteur de science-fiction dont le travail avait déjà servi de référence à Tezuka, et dont Urasawa creuse encore les recherches. C’est d’ailleurs peut-être là que se situe la faiblesse de l’œuvre : trop occupé à poser les jalons de son intrigue qui s’annonce passionnante, il néglige de fixer les limites du concept de robots. Difficile de savoir où en est cette société, dans laquelle les robots sont devenus légalement les égaux des humains et possèdent manifestement des sentiments dont eux-mêmes semblent pourtant encore s’étonner. Mais cela peut aussi se comprendre comme une période de transition où, justement, la compréhension de l’égalité stricte entre les deux communautés est en train de se mettre en place peu à peu.

Le tome 1 se terminait sur la rencontre Gesicht/Astro, le tome 2 se conclut sur l’arrivée d’Uran (la petite sœur d’Astro), dont le rôle s’avérait crucial dans l’intrigue d’origine. Qui sait ce que nous réserve Urasawa pour la suite ? Comme l’a dit Macoto Tezka : « Monsieur Urasawa a défié Osamu Tezuka de front et il n’a pas perdu. » C’est déjà énorme.

Pluto, deux tomes parus, textes et dessins de Naoki Urasawa et Osamu Tezuka, éditions Big Kana.

1 « Visage » dans la langue de Goethe. Le personnage original était un robot couvert d’un alliage spécial doré. Urasawa affectionnant des designs plus sobres, l’inspecteur ressemble désormais à un homme dans la quarantaine, légèrement dégarni.

2 On peut lire cette histoire, Le Robot le plus fort du monde, dans le tome 5 d’Astro Boy sorti récemment chez Kana. Si cette lecture est totalement inutile pour comprendre Pluto, elle n’en reste pas moins chaudement recommandée, comme toute la production de Tezuka.

3 Le « méchant » de l’intrigue, qui ne doit son nom ni au chien de Mickey, ni au chat noir d’Edgar Poe, mais bien au dieu des Enfers romain (Pluton en français).

4 La méthode consistant à reprendre une intrigue d’un maître en éclairant les événements sous un angle différent, quitte à broder, n’est pas une première. Que l’on pense à la revisite récente des aventures de Spirou version Rob-Vel et Jijé par des auteurs comme Émile Bravo (Journal d’un ingénu) ou Olivier Schwartz (Le Groom vert-de-gris), ou encore à la réinvention des histoires de Carl Barks par Keno Don Rosa dans La Jeunesse de Picsou. Rarement toutefois on aura développé une histoire au format « nouvelle » en une vraie saga en plusieurs tomes, comme c’est le cas ici.

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