Jusqu’au 24 avril 2010, théâtre de la Cité internationale

Le nom d’Eugène Labiche évoque généralement des comédies vaudevillesques. L’Affaire de la rue Lourcine ne déroge pas à la règle : une série de quiproquos formant un sympathique amusement sans prétention. M. Lenglumé a passé la soirée à festoyer avec d’anciens camarades de classe à l’insu de sa femme. Mais il a tellement bu que le lendemain il est incapable de se rappeler tout ce qu’il a fait… Or, à son réveil, il trouve dans son lit un de ses collègues de beuverie et un faisceau d’indices les désignent tous deux comme les auteurs d’un meurtre commis pendant la nuit.

Daniel Jeanneteau et Marie-Christine Soma ont revisité ce texte en y apportant des références et des codes inattendus : danse, démultiplication des personnages, esthétique soignée et même comédie musicale ont été convoqués pour cette version. Si le bouillonnement d’idées est impressionnant, l’ensemble manque de cohérence et, de ce fait, l’histoire perd de son sens.

Le premier tableau installe une ambiance digne d’un film d’horreur : des silhouettes grisâtres bougent au ralenti autour d’un Lenglumé nu et affolé au milieu de ce cauchemar. On comprend l’intention, mais l’atmosphère est si étrange et décalée par rapport au reste de la pièce que ce prologue semble avoir été importé d’un autre spectacle.

Grand-guignol en quête de sens

De trop nombreux choix semblent gratuits : pourquoi faire jouer le couple Lenglumé par six comédiens différents ? Ces dédoublements n’apportent pas grand-chose, si ce n’est beaucoup d’agitation sur scène. Ce procédé fonctionne très bien pour des personnages subtils dont on souhaite mettre en relief les différents aspects de leur personnalité1, mais pour du Labiche… Ou encore, dans un autre registre, quand les deux hommes prennent leur petit déjeuner, quel est l’intérêt de leur renverser toute cette nourriture dessus ? Cette débauche grand-guignolesque dénuée de sens laisse perplexe. Au final, les effets trop appuyés alourdissent le rythme de cette Affaire de la rue Lourcine et les joutes verbales n’arrivent pas à décoller.

Il est pourtant évident que la démarche est sincère et l’on se laisse toucher par l’engagement de la troupe. Les tableaux d’ensemble sont particulièrement bien travaillés et même les choix les plus difficiles sont bien assumés par les comédiens. Tant de créativité et d’enthousiasme auraient gagné à être mieux canalisés et plus recentrés, car en l’état, on ressort en ayant l’impression d’avoir assisté à un montage d’extraits de différents spectacles : c’est distrayant mais peu satisfaisant.

L’Affaire de le rue Lourcine d’Eugène Labiche, mise en scène de Daniel Jeanneteau et Marie-Christine Soma, théâtre de la Cité internationale.
Avec : Caroline Arrouas, Jean-Charles Clichet, Marion Duphil, Adeline Guillot, Laure Gunther, Antoine Kahan, Maxime Kerzanet, Alexandre Pallu, Gillian Petrovski, Sébastien Pouderoux, Marie Rémond.
Crédit photographique : Elisabeth Carecchio.

  1. Comme l’a montré cette saison Alfredo Arias dans son très réussi Tatouage. []

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