La Noce chez les petits bourgeois de Bertolt Brecht – Une comédie anti-romantique

La Noce chez les petits bourgeois de Bertolt Brecht – Une comédie anti-romantique

Jusqu’au 19 juin 2010 à l’Aktéon théâtre

Les époux viennent de convoler : tout de blanc vêtus, affichant l’air vaguement niais des amoureux heureux, ils rentrent chez eux célébrer leurs noces avec la famille et les amis proches. Très vite, le repas qui se voulait festif tourne au vinaigre. L’alcool aidant, les jalousies et la méchanceté des uns et des autres prennent le dessus. Dans ce petit univers bourgeois étriqué où tout doit être comme il faut, il n’y a guère de place pour la vraie vie et chacun a eu l’occasion de faire des réserves d’amertume. Ce soir, les apparences qui régnaient jusqu’ici en maître sont sur le point d’éclater.

C’est tambour battant que la compagnie La Pièce montée s’empare de La Noce chez les petits bourgeois, pièce de jeunesse de Bertolt Brecht, imposant une énergie comique soutenue à l’ensemble. Dès la première scène, sans qu’un seul mot ne soit prononcé, tout est posé avec humour et intelligence. Le couple et leurs invités s’installent à table et des amuse-gueules sont proposés à la ronde : dans le simple geste d’accepter ou non ce qui est offert, à travers une mimique à peine esquissée, les personnalités de tout ce pas-si-beau monde émergent. Et quand la parole est prise, c’est à une véritable curie que nous assistons : entre les histoires épouvantables du père, l’hostilité aigrie du couple d’amis, la nervosité de la mère, etc., il n’y a guère de place pour la joie. Et encore moins pour la gentillesse. Si la pièce est très drôle pour les spectateurs, c’est bien aux dépens de ses protagonistes.

Du bricolage comme acte de rébellion

Il paraît pourtant bien sympathique ce jeune couple qui s’installe, avec la femme si fière de son mari qui a fait tous leurs meubles de ses mains, au grand dam de leur entourage qui ne comprend pas. Des meubles, cela s’achète – ou, à la rigueur, on vous les offre – mais on ne les fait pas soi-même. Être fier de bricoler est déjà un acte de rébellion dans ce milieu de traditions et de marques extérieures de richesse. Et comme pour montrer l’incapacité des jeunes mariés à échapper à leur classe sociale ou leur éducation, au fur et à mesure de la soirée, les chaises se cassent, les serrures se coincent et les pieds de table s’effondrent. Sous leurs yeux effarés se déglingue le rêve d’un avenir différent.

Outre l’excellent sens du timing qui caractérise leur mise en scène de cette Noce chez les petits bourgeois, Anthony Binet et Laura Mariani ont porté une attention méticuleuse à tous les détails. La direction d’acteurs est soignée, les tableaux d’ensemble très aboutis, les ruptures de rythme et de ton bien maîtrisées. Quant au décor qui part en morceau, c’est aussi une réussite, signée par la scénographe Laura Kantke.

Cette comédie acide est revisitée ici avec punch et efficacité. On rit beaucoup, même si c’est parfois d’un rire grinçant, car déjà à 20 ans (âge auquel il a écrit ce texte) Brecht avait un regard acéré sur ses contemporains. Or, ces petits bourgeois-là, un siècle plus tard, nous semblent toujours aussi familiers.

La Noce chez les petits bourgeois de Bertolt Brecht, mise en scène d’Anthony Binet et Laura Mariani, Aktéon théâtre.
Avec : Anthony Binet, Romain Brilhaut, Louise Darré, Guillaume Dollinger, Marie Pannetrat, Sylvain Porcher, Caroline de Regnauld, Vincent Remoissenet, Maïté Schvan.
Crédit photographique : compagnie La Pièce montée.

Rédacteur

Delphine Kilhoffer