Jusqu’au 18 juillet 2010, Comédie-Française

Cette saison, Alfredo Arias a décidé de jouer aux montagnes russes. Autant à la rentrée son Tatouage nous avait enthousiasmé et emporté très haut, autant Les Oiseaux se révèle une déception qui retombe comme un soufflé mal préparé. Sur le papier, l’idée paraissait pourtant alléchante : inspirée d’Aristophane, la pièce évoque une ville habitée par des comédiens-oiseaux décidés à reprendre le pouvoir aux humains. Les voilà donc s’engageant à fonder une utopie théâtrale mâtinée de comédie musicale.

Joueur, Arias couvre de plumes les comédiens du Français et les fait jouer dans un décor représentant… la place Colette !1 Au début, intrigué, on se demande dans quelle histoire à double fond le metteur en scène va nous entraîner, mais très vite le récit se déroulant sur les planches a bien du mal à retenir notre attention. Ce qui se voudrait un joyeux carambolage de références classiques et modernes tourne au bazar incompréhensible.

Parfois, l’espace d’une scène, on retrouve certains des éléments et du savoir-faire qui caractérisent un « bon » Arias, tel le chant au ridicule assumé du voyant venu vendre sa science aux oiseaux. Mais ces instants de ludisme ne durent pas, le manque de sens et la pesanteur générale s’empressent de reprendre le dessus.

Les acteurs semblent souvent désemparés, ne sachant pas quoi faire, comme s’ils étaient égarés. Plus la pièce avance, plus ils paraissent avoir jeté l’éponge et abandonné les spectateurs à leur désarroi. On relèvera néanmoins les performances de Catherine Hiegel et Loïc Corbery qui, malgré le marasme ambiant, arrivent à donner chair à leur personnage.

Quand on sait ce qu’Alfredo Arias est capable d’obtenir d’autres comédiens, on se demande si ce résultat peu convaincant ne vient pas d’un choc culturel entre les méthodes du délirant Argentin et le classicisme du Français. Au sein de cette institution théâtrale, ses numéros de music-hall d’habitude jubilatoires tombent à plat et ne font que souligner le manque de polyvalence de certains interprètes (chant parfois incompréhensible, tableaux d’ensemble mal synchronisés…). Le metteur en scène a-t-il eu peur de les pousser ? Les acteurs n’ont-ils pas réussi à s’adapter ? Peu importe à qui reviennent les torts : Les Oiseaux laisse un goût d’inabouti. De rendez-vous manqué.

Les Oiseaux d’après Aristophane, adaptation et mise en scène d’Alfredo Arias, Comédie-Française.
Avec : Catherine Hiegel (camarade Constance), Catherine Salviat (la Huppe), Loïc Corbery (le Coryphée), Martine Chevallier (Belle Espérance), Alain Lenglet, Céline Samie, Nicolas Lormeau, Shahrokh Moshkin Ghalam, Hervé Pierre.
Crédit photographique : Brigitte Enguérand.

  1. C’est sur cette place que se trouve la Comédie-Française. []

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