Album paru le 16 avril 2010

Transféré sur un paquebot de luxe embarquant une cargaison de riches passagers, le petit groom du Moustic Hôtel va se retrouver de nouveau entraîné dans une rocambolesque aventure. Pour petits et grands, le nouveau Spirou retrouve l’ambiance légère des premiers Franquin…

Cela faisait quelques numéros que la série dérivée Une Aventure de Spirou et Fantasio par… était devenue plus sombre, plus tourmentée, en accord avec le choix de l’époque traitée. Émile Bravo (Le Journal d’un ingénu) et Schwartz et Yann (Le Groom vert-de-gris) avaient en effet consacré leur tour à mettre en scène Spirou et Fantasio durant la Seconde Guerre mondiale, respectivement juste avant et pendant l’occupation belge par les Allemands. Une situation qui ne prête pas forcément à la comédie primesautière, même si ces albums ne sont pas dépourvus d’humour.

Pour son passage sur la série (son retour pourrait-on dire1), Lewis Trondheim a choisi de la faire renouer avec l’ambiance joyeuse des années cinquante et soixante, quand Franquin faisait courir son héros en tous sens. Un pari loin d’être évident, et emporté avec un certain brio. Choisi pour l’occasion, le trait souple et lisible de Fabrice Parme cible clairement le style cartoon en vigueur à l’époque (notamment le Friz Freleng de La Panthère rose), d’ailleurs remis récemment au goût du jour par Genndy Tartakovsky (Le Laboratoire de Dexter, Powerpuff Girls, Clone Wars…), pour les personnages. Quant aux décors, les œuvres d’art moderne qui parsèment les cases ne sont pas sans rappeler le Franquin de l’époque Modeste et Pompon. La dynamique qui s’en dégage convient plutôt bien à l’action effrénée de l’album. Un compromis judicieux entre la virtuosité de Franquin et les traits approximatifs de Trondheim, finalement.

Spirou sous contraintes

Bien sûr, on retrouve les quelques références apparemment indispensables dans les albums de cette série, mais sans les lourdeurs qu’on a pu déplorer auparavant (les auteurs ont notamment perdu cette désagréable habitude de caser Zorglub dans chaque scénario). Et comme d’habitude, Trondheim pose assez rapidement un certain nombre de contraintes de scénario qu’il lui va falloir exploiter jusqu’au bout, ici un système de « champ de force » qui protège les gens mais les fait couler à pic, et un « pistolet réfrigérant » conçu par Champignac (un grand classique de bande dessinée, pas toujours aussi finement exploité). Des impératifs physiques qui ne sont pas sans rappeler les artifices scénaristiques d’un Keno Don Rosa2 (et Trondheim, grand fan de Barks, ne peut l’ignorer).

Au passage, le scénariste se pique d’une petite critique des hautes classes sociales, qui passent leur temps à paniquer, sont prêtes à s’entretuer pour survivre et se révèlent incapables de la moindre action productive. Le tout sur un rythme de comédie américaine fifties, léger et bondissant. Comme les dialogues sont en plus à la hauteur, l’album se lit avec un vif plaisir, et ce à tout âge (ce qui n’était pas forcément le cas des précédents). Je le conseille notamment avec un diabolo menthe, pourquoi pas allongé sur un… transat.

Le Spirou de Fabrice Parme et Lewis Trondheim – Panique en Atlantique, scénario de Lewis Trondheim, dessins de Fabrice Parme, éditions Dupuis.

1 Puisque Trondheim avait signé il y a quelques années une aventure de Lapinot intitulée L’Accélérateur atomique, hommage échevelé aux aventures du groom.

2 Auteur d’un certain nombre d’aventures de Donald Duck (dont l’époustouflante Jeunesse de Picsou) et héritier spirituel de Carl Barks (un des plus grands artistes Disney, créateur du personnage de Balthazar Picsou, précisément), Rosa s’est fait une spécialité de fonder ses scénarios sur l’altération d’un phénomène physique, puis d’exploiter le concept à fond. On a ainsi vu des épisodes où la gravité a été réorientée à l’horizontale, où des rayons annulaient le phénomène de friction ou d’inertie, etc.

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