Album paru le 16 avril 2010

Zoé, hôtesse d’accueil au salon de l’Automobile, mène sa petite vie sans ambitions. Elle est jolie, et c’est à peu près tout. Son copain est un crétin au chômage, son boulot une impasse, son futur un point d’interrogation. Mais un jour, elle rencontre un auteur agoraphobe, et une nouvelle voie s’offre à elle. Pas celle que l’on pourrait croire, toutefois.

L’intrigue semble courue d’avance, comme dans un quelconque film romantique hollywoodien. La jeune fille paumée rencontre un bel homme talentueux, riche mais handicapé du sentiment, quelques péripéties et à la fin ils se marient. La recette a produit quelques jolies réussites (Pretty Woman en tête) et pas mal de navets sans saveur. On aurait pu attendre une performance romantique de la part de Pénélope Bagieu. L’auteure bien connue du petit monde de la BD en ligne (le blog de « Pénélope Jolicœur » est après tout un des pionniers du genre) signe en effet ici sa première longue bande dessinée1.

Seulement voilà, alors qu’un coup d’œil trop rapide sur son blog pourrait nous faire croire que Bagieu fait dans le féminisme « mode » tendance Femme actuelle ou Confessions d’une accro du shopping, force est de constater qu’elle porte sur la société moderne un regard plutôt lucide. Et contrairement à une foule d’artistes qui tentent de nous faire apprécier des personnages imbuvables (on pense à l’agaçante Éva d’Aude Picault) ou de nous faire croire qu’elles signent un manifeste féministe alors qu’elles ne font que perpétuer le mythe relativement phallocrate du prince charmant (qui a dit Bridget Jones ?), Bagieu demeure réaliste vis-à-vis des motivations de ses personnages.

Ainsi, sa Zoé, héroïne un peu larguée de cette histoire, n’est pas dénuée de défauts. Inculte, en panne d’ambition, elle croit précisément trouver une échappatoire à l’impasse constituée par sa vie. Seulement voilà, le prince charmant n’est pas aussi formidable qu’elle le croyait : l’écrivain chez qui elle échoue est tendre, mais il vit dans sa tour d’ivoire, isolé de la société. Et Zoé a trop d’appétit pour la vie, aime trop les gens pour rester cloîtrée, fût-ce au paradis. D’autant que le gardien des lieux est finalement loin d’être aussi sympathique qu’il le semblait.

Jouant sur les lieux communs de ce type d’intrigue, Bagieu nous entraîne sur un territoire bien éloigné des classiques. La morale y perd ce que la véracité y gagne. Le trait de l’auteure, lui, reste toujours aussi attachant, et le passage au récit long n’enlève rien au charme efficace de son style. Les tons pastel qui viennent remplir les blancs confèrent à l’ensemble une ambiance feutrée, très agréable, plutôt adaptée à une lecture sur ou sous la couette, tranquillement installé près du poste de radio diffusant de la musique douce.

Cadavre exquis, texte et dessins de Pénélope Bagieu, éditions Gallimard, collection Bayou.

1 Ses ouvrages précédents, Joséphine, deux tomes, et Ma vie est tout à fait fascinante, le blog, (tout deux parus aux éditions Jean-Claude Gawsewitch), relevaient en effet plus du gag en une planche, voire en une image. Ils n’en constituent pas moins le très net haut du panier de cette littérature « de filles » qui fleurit depuis quelques années dans les rayons BD.

Crédit image : Pénélope Bagieu/Gallimard, Julien Meyrat/Rhinocéros

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