Jusqu’au 29 juin 2010, MC93

Dans la Russie du début du XIXe siècle, les propriétaires terriens payent un impôt foncier pour chaque paysan qui travaille pour eux, ces hommes appartenant à leur domaine au même titre que leurs champs ou leurs bois. Les pesanteurs de l’administration font que la taxe doit être réglée jusqu’au prochain recensement, parfois pendant plusieurs années, même si l’employé est entre-temps mort. Au milieu de cette mécanique kafkaïenne débarque Tchitchikov, un homme qui propose aux propriétaires d’une province russe de leur racheter ces « âmes mortes » dans le secret espoir de pouvoir en tirer fortune.

Nous suivons donc Tchitchikov dans sa tournée des grands ducs : il va visiter tous les notables de la région pour obtenir leurs âmes mortes. Sa requête ne lasse pas de surprendre ses interlocuteurs, mais surtout, elle permet de révéler leur nature. De l’imbécile qui se croit cultivé au radin d’une mesquinerie absolue, en passant par des tyrans à la petite semaine, le périple de Tchitchikov se transforme en critique acerbe de la petitesse d’esprit des nantis. S’ils ont chacun leur caractère, ils ont tous une chose en commun : pas un ne pleure les paysans morts, au mieux regrettent-ils leur labeur s’il s’agissait de bons ouvriers… c’est tout.

Un essoufflement

Cette première partie aux allures de comédie grinçante fonctionne parfaitement. Autour de Laurent Manzoni qui joue – très bien –  Tchitchikov, Hervé Briaux et Véra Ermakova interprètent tous les autres protagonistes. Si Briaux se régale à se glisser dans la peau des différents personnages, Ermakova a parfois un peu plus de mal à convaincre. Les vignettes constituées par chaque rencontre font mouche et sont ponctuées de trouvailles de mise en scène bien vues. Malheureusement, ce bel élan tend à s’essouffler dans la seconde partie de la pièce, lorsque le personnage de Tchitchikov revient en ville. Alors, malgré la bonne volonté évidente du trio d’acteurs, la narration s’alourdit et l’intérêt s’émousse.

Comme toujours avec le traducteur André Markowicz, le texte de Gogol est superbement mis en valeur, cette version lui rendant une vitalité organique, jubilatoire. Bien qu’adaptée d’un roman, cette pièce ne garde pas moins l’énergie des dialogues théâtraux de l’auteur.

Ces Âmes mortes ont au final de nombreuses qualités et l’on ne peut que souhaiter que cette création encore jeune arrive à trouver au fil des représentations le souffle nécessaire pour porter jusqu’au bout, avec une intensité constante, cette œuvre de Gogol.

Les Âmes mortes de Nicolas Gogol , mise en scène d’Anton Kouznetsov, MC93.
Avec : Hervé Briaux, Véra Ermakova, Laurent Manzoni.

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