Le Festival OFF d’Avignon – Acte I, c’est parti !

Le Festival OFF d’Avignon – Acte I, c’est parti !

Jusqu’au 31 juillet 2010

À la descente du train, on sent une vibration dans l’air. Pas celle provoquée par la chaleur, non, plutôt un buzz sourd mais persistant qui passe inconsciemment de personne à personne, provoqué par le lancement du 64e Festival de Théâtre d’Avignon. Les premiers jours du festival sont toujours électriques – après viendront s’ajouter la fatigue, les déceptions, les désaccords –, car pour qui aime le théâtre, entrer dans la Cité des papes à cette période est comme entrer au pays des Merveilles. Plus de mille pièces se jouent tous les jours, des spectacles dont les affiches ont recouvert le moindre bout de mur, grille ou poteau de la ville. Théâtre classique, contemporain, marionnettes, one-man-show ou cirque, des centaines de compagnie veulent toutes vous séduire, alors entrez dans la danse, m’sieur, dame !

Scène 1 : bof ce OFF ?

Au milieu des festivaliers, Rhinocéros est allé la corne au vent se perdre dans les méandres du OFF et en découvrir une sélection forcément subjective. Alléché à la perspective de déguster du Shakespeare accomodé à la sauce commedia dell’arte, on ressort sans enthousiasme de La Tragique Histoire de Roméo et Juliette. Cette comédie autour d’une des plus fameuses histoires d’amour jamais écrites manque d’un scénario bien ficelé pour retenir l’attention, malgré le travail d’ensemble honnête de la compagnie des Comédiens volants.

Scène 2 : il n’y a pas que le titre qui est bon

Le rire, léger et intelligent, il viendra avec Et pendant ce temps-là, les araignées tricotent des pulls autour des bilboquets, qui gagne au passage le prix du titre le plus accrocheur du OFF. Seule en scène, Raphaëlle Moussafir dresse d’une écriture vive et colorée un portrait tout en justesse de la difficile période de la pré-adolescence. L’héroïne traverse l’âge délicat où l’on comprend que l’on ne fait pas les enfants comme Sissi l’impératrice et Franz (comprenez en se tenant la main et en échangeant de chastes baisers sans la langue), mais en pratiquant l’acte sexuel… beurk ! Quoique, est-ce si dégoûtant ? Avec un humour parfaitement dosé et exécuté, Moussafir nous fait revivre ce temps de l’attirance/répulsion pour ce que font les adultes. Le tout est parsemé de références qui raviront la génération élevée à coup de Candy, Dallas ou Champs Élysées de Michel Drucker.

Scène 3 : à hauteur d’homme

Autre style, autre coup de cœur, Inconnu à cette adresse de Kressmann Taylor. Mettre en scène un échange épistolaire est toujours un casse-tête dont se sort ici avec brio la compagnie Hydre production. Max et Martin sont deux Allemands  qui ont monté ensemble une galerie à San Francisco. Martin rentre au pays, mais Max reste en Amérique pour gérer leur affaire. Nous suivons leur correspondance entre 1932 et 1934, alors qu’Hitler est en pleine ascension.  Ces deux hommes se considéraient comme des frères, mais Max est Juif et Martin fonctionnaire d’État épris de réussite sociale. Lentement, implacablement, l’histoire va se charger de défaire cette amitié et de transformer les promesses de soutien mutuel en promesses de destruction. Servi par deux comédiens à l’interprétation au cordeau (Pierre Sallustreau et Marc de Feraudy), ce très beau texte raconte l’Histoire à son niveau le plus touchant, à hauteur d’homme.

Scène 4 : une affaire d’argent

Plus tard, nous changeons encore de genre : petit détour par de la science-fiction sociale, avec Time Is Money de Elie-Georges Berreby. Le metteur en scène, Rémi Prin, a imposé un étonnant univers inspiré par l’expressionnisme allemand, aussi bien dans les décors que dans le jeu des comédiens. Malheureusement, ces trouvailles n’arrivent pas à sauver un texte confus, mal écrit. À l’issue de la représentation, un échange avec la compagnie Les Chimères et les hyppogriffes sur leurs conditions « d’accueil » à l’Atelier théâtre Porte-Saint-Lazare révèlera l’envers du décor pas toujours joli du OFF (voir le détail ici)…

Dans les jours qui viennent, restez connecté et retrouvez la suite de notre tour d’horizon du OFF !

La Tragique Histoire de Roméo et Juliette d’après William Shakespeare, compagnie les Comédiens volants, théâtre du Bourg Neuf.
Et pendant ce temps-là, les araignées tricotent des pulls autour des bilboquets de Raphaëlle Moussafir, compagnie Lard’Enfer, théâtre des Béliers.
Inconnu à cette adresse de Kressmann Taylor, compagnie Hydre production, espace Roseau.
Time Is Money de Elie-Georges Berreby, compagnie Les Chimères et les hyppogriffes, atelier théâtre de la Porte-Saint-Lazare.

Rédacteur

Delphine Kilhoffer