Le Festival OFF d’Avignon – Enjeux et arnaques

Le Festival OFF d’Avignon – Enjeux et arnaques

Le Festival OFF représente un enjeu de taille pour les petites et moyennes compagnies de théâtre. Outre la possibilité de jouer devant un public varié et curieux, c’est leur meilleur chance d’être vues par des professionnels (producteurs, diffuseurs, journalistes…) souvent peu accessibles le reste de l’année. Jouer à Avignon, c’est dans le meilleur des cas l’occasion d’engranger de bons articles et des contrats pour tourner les mois suivants.

Mais se produire au Festival coûte de l’argent. Beaucoup. Il faut payer la salle où l’on joue (de quelques centaines à plusieurs milliers d’euros selon le lieu), loger son équipe, transporter son matériel, imprimer de très nombreux tracts et affiches. Si le résultat n’est pas au rendez-vous, Avignon peut couler une compagnie en quelques semaines.

Marchands de rêve

Évidemment, là où certains sont prêts à investir jusqu’à leur dernier sou pour réaliser leur rêve, il y a aussi des choses pas bien nettes qui arrivent. Un exemple tiré de cette édition 2010 : huit compagnies ont signé et payé il y a six mois un contrat de location pour un créneau à l’atelier théâtre de la Porte-Saint-Lazare1. Lesdit contrats sont explicites : chaises, lumière et autres équipements sont fournis, ainsi que deux régisseurs.

Le 1er juillet, lorsque les compagnies arrivent pour s’installer dans les lieux, elle trouve une salle nue. Un plancher, quatre murs et un plafond, c’est tout. Le propriétaire est injoignable, il aurait des problèmes de santé. Tous se mobilisent et, grâce à la solidarité d’autres théâtres, récupèrent des sièges, quelques lumières, etc. À l’ouverture du Festival, le 7 juillet, ils jouent, en se réjouissant qu’au moins les régisseurs promis sont bien présents. Cela ne durera pas : après seulement trois jours, les deux techniciens se voient signifier la fin de leur contrat – nouveau coup dur pour les comédiens. Et si le directeur de la salle est toujours injoignable, son épouse, elle, est bien là quotidiennement pour récupérer les caisses…

Les huit compagnies concernées, qui ne se connaissaient pas au départ, ont décidé de tenir bon. Elles en ont fait appel au directeur du Festival OFF et, au moment où nous écrivons ces lignes, elles viennent d’organiser une réunion avec la femme du directeur qui a signé le compte rendu constatant la rupture de contrat. C’est un premier pas, mais tout n’est pas résolu : la direction de la salle parle de nommer un nouvel administrateur, les dirigeants du OFF suggèrent, eux, l’intervention d’un huissier afin de permettre aux compagnies d’être officiellement en autogestion pour le reste du Festival. Histoire d’au moins pouvoir garder leurs recettes.

Les pièces programmées à l’atelier théâtre Porte-Saint-Lazare :
- Les Pas sages d’un fou ou quelques aventures de Nasredine Hodja de Kamel Zouaoui, compagnie Hors cadre
- Mon côté manouche (musique), compagnie Mon côté manouche
- La Secrète Obscénité de tous les jours de Marco Anotnio De La Parra, compagnie Paridami
- Les Déplacés de Xavier Durringer, compagnie Théâtre Uvol
- Les Chemins d’errance de Michèle Barbier, Association Textimage
- Tata ou de l’éducation de Jacques Borel, compagnie LME Organisation
- Aaah, vous êtes une personne formidable de la compagnie ZZ prods
- Time Is Money de Elie-Georges Berreby, compagnie Les Chimères et les hyppogriffes.

  1. 185, rue de la Carreterie 84000 Avignon. []

Rédacteur

Delphine Kilhoffer