Jusqu’au 7 août 2010, théâtre Silvia Monfort

Cette pièce est adaptée d’une épopée arabe anonyme, Le Roman de Baïbars1. Dans la grande tradition orientale, les histoires s’y emboîtent autour du récit central qui raconte l’ascension de Baïbars, homme béni de Dieu. On voit bien l’attrait que présente un tel texte : rebondissements, poésie, exotisme, sagesse et violence… tous les ingrédients sont là pour captiver l’auditoire. Sauf que cette version signée Marcel Bozonnet est franchement soporifique.

Plusieurs choix se révèlent questionnables dans l’adaptation de ce roman. Certaines informations reviennent à de nombreuses reprises, alourdissant inutilement la narration – ces répétitions, fréquentes dans les histoires transmises de façon orale, n’ont guère leur place sur scène. À contrario, d’autres aspects pourtant intéressants du récit sont escamotés, comme la vie amoureuse de Baïbars : son épouse semble sortir de nulle part au trois quarts de la pièce. A été aussi largement gommée toute la part de sensualité et de sexualité de l’histoire.

À la recherche du sens perdu

Ces maladresses ne sont pas aidées par une mise en scène qui se veut poétique, mais beaucoup trop complaisante pour atteindre son but. Certes, les masques utilisés dans la première demi-heure sont esthétiquement réussis, mais quelle signification ont-ils ? Pourquoi sont-ils soudainement abandonnés, plantés en arrière-plan, comme des jouets dont un enfant gâté ne voudrait plus ? Certes, Houria Aychi chante très bien, mais la moitié de ses interventions semblent avoir été déterminées par le hasard plutôt que par une logique narrative. Et pourquoi la garder en permanence en bord de plateau où elle s’ennuie ferme ? Ou encore, quid du non-sens de la scène de bataille dans une quasi-obscurité ?

Marcel Bozonnet a réuni de nombreux éléments, certains très beaux, mais sans parvenir à leur donner vie ou même du sens. Il en est malheureusement de même avec la direction d’acteurs, trop plate pour arriver à retenir l’attention, sans compter l’absence de précision de l’ensemble2. La mise en scène manque désespérément de second degré alors que le texte en a largement le potentiel. Seul Ghassane El-Hakim, dans le rôle de Otmân, le voyou qui va s’amender au contact de Baïbars, arrive à faire vibrer le plateau grâce à un jeu énergique et bien assumé.

Baïbars, le mamelouk qui devint sultan n’est malheureusement pas à la hauteur du moment de rêve que l’on pouvait espérer en entrant dans la salle. Autant aller chercher l’histoire à sa source et se plonger dans la dizaine de volumes de cette saga orientale – de quoi occuper les vacances.

Baïbars, le mamelouk qui devint sultan d’après Le Roman de Baïbars, adapté et mis en scène par Marcel Bozonet, théâtre Silvia Monfort.
Avec : Fahd Acloque, Ghassane El-Hakim, Pierre-François Garel, Abd-El-Kader, Jina Djemba, Soraya Daïd, Richard Dubelski, Marcel Bozonet et Houria Aychi (chanteuse).
Crédit photographique : Elisabeth Carecchio

  1. Publié aux éditions Acte Sud, collection Sinbad. []
  2. Cette pièce est loin d’être le seul exemple, mais on ne dira jamais assez combien il est inacceptable de voir des spectacles professionnels durant lesquels les comédiens buttent régulièrement sur leur texte ou leurs déplacements. []

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