En septembre 2009, à l’occasion de la sortie de Jan Karski (Gallimard), la querelle entre Jacques Lanzmann et Yannick Haenel permit à l’intelligentsia historico-critico-littéraire de raviver un éternel débat : le roman (ce qui tient du fictif) peut-il dire l’Histoire ? Ou, pour être plus fidèle encore à la question qui fut posée à cette occasion : le roman a-t-il le « droit » de traiter l’Histoire ? Sans avoir la prétention de chercher, ici, à mettre fin au débat – et, d’ailleurs, notre ambition ne sera que de parler de littérature –, il semble intéressant de se pencher sur trois exemples romanesques parus ces dernières années et portés par trois jeunes romanciers : Littell, Haenel, Binet.

L’attraction qu’exerce encore aujourd’hui la Seconde Guerre mondiale sur le public ne saurait s’expliquer simplement. Passion pour l’Histoire, boulimie post-traumatique, auto-flagellation ou fascination (un brin morbide) pour le Mal ? Certainement tout ça à la fois. Si le cinéma sut saisir très rapidement (dès 1940 avec Chaplin) cet événement capital sans trop d’encombres – à travers la qualité de ses productions ou le rôle attribué au genre documentaire –, et continue de proposer des « visions » ne soulevant que rarement de polémiques (esthétisme mis à part), il n’en va pas de même pour la littérature, et plus précisément le roman – la fiction romanesque.

Pour autant, de grands livres ont été écrits à ce sujet. Par de grands écrivains. Tous ont un point commun, ils font ou faisaient partie d’une génération ayant vécu le second conflit mondial. De fait, qu’il s’agisse stricto sensu de roman ou non, leurs écrits font office de témoignages, sont plus « légitimes » et outrepassent ainsi la querelle du réel et du fictif1. Les combats, la bravoure, la Résistance, le nazisme. Soit. L’horreur des camps, atrocité délicate à manier, fut traitée sous la plume de Primo Levi, Jorge Semprún ou encore Elie Wiesel. Et les livres de ces survivants ont dépassé la sphère littéraire pour donner à lire des œuvres essentielles à la connaissance de l’Histoire et de l’humain. Leur statut, hautement justifié, est tel que l’on en vient à se demander s’il est possible, ou même permis, d’écrire sur la Shoah à leur suite. La question est d’autant plus posée lorsque les écrivains souhaitant se pencher sur les tragiques événements font partie d’une génération née bien après 1945. Or, à partir de 2006, une nouvelle génération de romanciers qui ont vu le jour dans les années 1960 et 1970 – qui n’ont donc rien vu – a pris la (courageuse ?) décision d’écrire sur l’innommable.

Jonathan Littell, Yannick Haenel et Laurent Binet – pour ne citer que les plus remarqués – ont ainsi livré trois textes remarquables mais pourtant très critiqués. Ou, pour être plus juste, des textes qui furent accompagnés par un sérieux cortège de polémiques et de débats qui remirent au goût du jour la querelle entre historiens et romanciers. Car, encore faut-il le préciser, leurs livres ne sont nullement des métaphores du nazisme ou de la Shoah2 : le nazisme et la Shoah en sont les sujets ; le nazisme et la Shoah sont chez eux des sujets de fiction. Ils en ont fait des sujets de « mensonge », ce qui pose quelques problèmes, en premier lieu ce que l’on pourrait appeler le droit de l’écrivain (l’écrivain peut-il écrire un roman sur ce qu’il ne « connaît » pas ?). Sur ce point, des réponses ont déjà été apportées, notamment par l’inégal mais nécessaire Rapport de police de Marie Darrieussecq. De fait, nous n’y reviendrons pas. Ensuite, le second point de tension vient du satisfecit accordé ou non par un Claude Lanzmann de plus en plus persuadé d’avoir le monopole – ou du moins un droit de regard – sur tout écrit touchant à l’extermination des Juifs lors de la Seconde Guerre mondiale.

Petit rappel des faits. À la sortie des Bienveillantes en 2006, Claude Lanzmann exprime son désappointement devant ce roman – il souligne le terme roman – écrit par un jeune homme n’ayant rien connu de la guerre ni de la Shoah, tout en lui reconnaissant, du bout des lèvres, une justesse historique, avant de céder et de reconnaître le talent de Littell (plus discret mais bien plus pertinent Jorge Semprún parla, sur le plateau de Frédéric Taddeï, d’un roman important ouvrant le XXIème siècle). Le contexte est différent lors de la parution de Jan Karski en 2009. Lanzmann s’insurge contre un livre malhonnête proposant un « faux » Jan Karski mentant – ou se trompant honteusement – sur le rôle tenu par les puissances occidentales. Heureusement, profitant du passage de Shoah sur Arte, Lanzmann annonce que, lui, va montrer la vérité grâce à des images d’archives mettant en scène le résistant polonais. Combat usé du document et de la fiction. Disputes, tribunes, règlements de comptes (Semprún, toujours aussi discret, est plutôt convaincu par le travail de Yannick Haenel). Autre livre, autre réaction. À la sortie de HHhH de Laurent Binet, Lanzmann3 fait l’éloge du livre et des scrupules du romancier, applaudit la friction qui y apparaît entre fiction et Histoire (Semprún, fidèle à lui-même, est réjoui par la qualité du roman).

Ce qui est intéressant, ici, ce n’est pas tant ce qu’en pensent Lanzmann et Semprun – c’est intéressant, primordial même, mais ça ne dit pas grand-chose sur la qualité littéraire des livres en question –, mais plutôt ce que leurs réactions disent sur l’écriture en elle-même. Car si Semprun semble tout autoriser à la fiction (tant que les romanciers parlent en leur nom), ce n’est pas le cas de Lanzmann qui exige, par la force des choses, un modus operandi. Et, justement, Les Bienveillantes, Jan Karski et HHhH procèdent différemment, s’opposent par leur système narratif et, de fait, proposent trois façons d’aborder l’Histoire par le prisme du roman.

Les Bienveillantes : roman absolu

Dans le roman de Littell, le narrateur, Maximilien Aue – ce « je » qui fixe toutes les polémiques –, est un offcier SS qui, du front de l’Est à Berlin, en passant par Stalingrad et Paris, traverse la guerre et ses massacres en servant le mieux qu’il peut les plans du Führer. Nazi convaincu sans être antisémite paranoïaque, cultivé, polyglotte (il est  notamment bilingue allemand-arançais), Aue est un personnage complexe, paradoxal, contraint de dissimuler plusieurs pans de sa personnalité, comme ses tendances homosexuelles et incestueuses (il est amoureux de sa sœur jumelle). Tout d’abord membre des Einsatzgruppen, il assiste aux massacres perpétrés en Ukraine (les débuts de la Sohah par balles, le massacre de Babi Yar). Il gravit peu à peu les échelons au sein de la SS jusqu’à se retrouver aux côtés d’Eichmann, de Himmler, de Speer, au cœur de l’organisation de la Solution finale.

Aue est un « héros » de fiction. À ce titre, il ne doit rien à l’Histoire : il vit son existence de personnage de roman, avec ses émotions et ses désirs propres, la famille et les amis qu’on lui invente. Mais Aue est introduit par Littell dans un cadre historique strict, documenté, non fictionnel. Autour de lui se déroule l’Histoire. Eichmann ou Speer ne rentrent dans la fiction qu’au contact d’Aue, lorsqu’ils deviennent personnages. Ailleurs dans le texte, ils poursuivent leur carrière. Le travail entrepris par le romancier d’un point de vue historique ne souffre d’aucune critique (ou alors de celles qu’opposent deux historiens). Tout est juste, fidèle, sérieux. Pour faire simple (bien qu’il y aurait à dire, à discuter), Aue est la fiction dans Les Bienveillantes ; le reste est ce que nous appelons une vision de l’Histoire4. Outre la précision des grades SS et des rouages de l’armée allemande, on y lit par exemple l’évolution et les étapes de l’extermination des Juifs : la Shoah par balle à l’arrière du front ukrainien, les premiers camions / chambres à gaz, le massacre industrialisé des camps de la mort après Wannsee. De même, le chapitre concernant la bataille de Stalingrad est vertigineux du point de vue documentaire.

Forcément, une telle approche met le texte dans une position propice à s’interroger sur la Morale, si ce n’est sur l’Histoire. En se plaçant, dès le début du roman, au-delà de toute morale (c’est-à-dire par-delà le bien et le mal), Aue insiste, sans se justifier, sur l’aspect ordinaire des bourreaux : son destin aurait pu être celui de n’importe qui parmi ses « frères humains ». Pour aborder cette question, Littell puise chez Hannah Arendt – comment faire autrement ? – ses pistes de réflexion, notamment concernant le contresens effectué par Eichmann sur la notion de devoir chez Kant. Là aussi, le roman éclaire avec justesse.

Il n’en demeure pas moins que malgré (ou en plus de) la pertinence des « éléments » historiques, dans leurs lignes les plus étroites, Les Bienveillantes touche à la quintessence ou, pour dire mieux, à l’origine même du roman. Si on aborde le texte de Littell d’un point de vue bakhtinien5, on peut percevoir que sa constitution répond aux fondements de ce que l’essayiste russe appelle le roman carnavalesque – le roman, par extension, avant que tout récit en prose soit nommé roman de façon excessive. D’une part dans la capacité qu’a Les Bienveillantes à mêler les genres (discours, histoire, onirisme, poésie, voire policier avec l’enquête menée par les deux inspecteurs traquant Aue suite à l’assassinat de sa mère), d’autre part dans ce qu’il est, toujours d’après ce qu’écrit Bakhtine, une réécriture de l’épopée homérique, un récit de guerre s’entrecoupant ou se prolongeant d’un récit de voyage. De fait, pour répondre à notre question initiale, il apparaît que le roman de Littell aborde l’Histoire, propose sa vision, par le prisme d’un roman classique, traditionnel, complet.

Jan Karski : roman hybride

Entré clandestinement en 1942 dans le ghetto de Varsovie afin de témoigner de l’extermination des Juifs d’Europe auprès des puissances alliées, et ce, en tant que messager de la résistance polonaise, Jan Karski s’est heurté au soupçon, à l’incompréhension et au refus. Que ce soit à Londres ou devant le président Roosevelt aux États-Unis (où il s’installa), personne ne semble vouloir l’écouter. Ou plutôt l’entendre. Trente-cinq ans plus tard, il racontera l’échec de sa mission devant la caméra de Jacques Lanzmann pour son film Shoah.

« Pourquoi les Alliés ont-ils laissé faire l’extermination des Juifs d’Europe ? » Voilà la question qui court tout au long de Jan Karski. Pour y répondre, Haenel utilise un procédé inattendu. Dans une première partie, il fait la description du passage de Jan Karski – son témoignage – dans Shoah, avant d’entreprendre, dans une seconde partie, un résumé du livre de Karski, Mon témoignage devant le monde (Robert Laffont). Sa troisième et dernière partie est une fiction narrée à la première personne – toujours ce « je »… – par le personnage Jan Karski : il y raconte ses dernières années aux États-Unis, revient sur sa mission, commente, soumet ses impressions. Et donne des éléments de réponse à la question posée par le livre.

La structure de Jan Karski est pour le moins surprenante et, d’une certaine manière, brouille les pistes. Au début du livre, Haenel précise ses sources, ses lectures, et insiste sur sa troisième partie : si la fiction est écrite en s’appuyant sur des éléments biographiques glanés tout au long de ses recherches, l’écrivain indique que « les scènes, les phrases et les pensées [qu’il] prête à Jan Karski relèvent de l’invention. » Oui, l’idée avait été déjà saisie avec l’indication qu’il s’agissait d’une fiction. Mais Karski ayant existé, Haenel utilisant la première personne pour le faire parler, on se dit que deux précautions valent mieux qu’une. Le problème n’est pas là (enfin, disons qu’un autre problème est là, mais nous y reviendrons). Ce qui est troublant et place Jan Karski dans une position ambivalente, en équilibre précaire, c’est l’hybridité de sa structure.

Les deux premières parties du livre sont le résultat d’un travail documentaire, d’un travail de chercheur, d’universitaire ou de journaliste6 (style mis à part – le style n’est d’ailleurs pas l’apanage des seuls romanciers), si ce n’est d’historien. Or, en écrivant sa troisième partie sous la forme d’une fiction, il se place en tant que romancier. Ce qu’il est. Mais l’inscription « roman » sur la couverture du livre englobe l’ensemble, fait de Jan Karski un roman, position maintes fois défendue par Haenel en revenant sur la subjectivité du documentaire ou sa difficile objectivité.

En incluant le documentaire à la fiction, Haenel repousse les frontières du roman, propose un laboratoire susceptible d’offrir une vision de l’Histoire. Projet louable, mais périlleux. Disons ambigu et, de fait, attaquable. Car en faisant se confronter un Karski « réel » (celui de Shoah) à un Karski fictif (celui de la troisième partie), Haenel perd un peu le lecteur. D’une certaine manière, il le trompe7, malgré les précautions prises. En faisant dire à Karski des propos que ce dernier ne tenait pas chez Lanzmann, par exemple, Haenel aimante les critiques et, pour se défendre, affirme que ce que Karski pense sur la surdité des Alliés dans la partie fictionnelle est étayé pas de nombreux documents qu’il aurait eus en sa possession.

Sincèrement, nous désirons le croire. Mais avancer que son personnage de roman dit la « vérité » contre le film de Lanzmann, même à juste titre (les images ne disent pas tout), souligne avant tout l’échec formel du projet du romancier. Triste conclusion car, malgré tout, Jan Karski est un livre captivant. Ne serait-ce que parce qu’il témoigne pour le témoin (comme l’indique Haenel en citant Celan), parce qu’il place sous la lumière le Juste que fut Karski et qu’il lutte contre l’oubli.

HHhH : l’atelier du roman (pour une scrupuleuse vision de l’Histoire)

Le cerveau d’Himmler s’appelle Heydrich. « Himmlers Hirn heißt Heydrich ». HHhH, donc. Reinhard Heydrich fut certainement ce que le régime nazi proposa de pire : réputé l’homme le plus dangereux du Reich, à l’origine de la création des Einsatzgruppen, il fut chef de la Gestapo, chef des services secrets, l’un des planificateurs de la Solution finale (il présida la conférence de Wannsee)8. Installé à Prague où il poursuit sa cruelle entreprise, il devient la cible prioritaire de la résistance tchécoslovaque. Et l’opération Anthropoïde s’organise.

HHhH est le récit de cette opération montée depuis Londres par le gouvernement tchécoslovaque en exil. Deux jeunes parachutistes, Gabčík et Kubiš (un Tchèque et un Slovaque), sont envoyés à Prague afin d’assassiner Heydrich. Après plusieurs semaines d’attente, se déplaçant de cachette en cachette, ils parviennent enfin à trouver l’occasion de passer à l’acte le 27 mai 1942. Suite à l’attentat, Heydrich meurt le 4 juin 1942 d’une septicémie foudroyante.

Ainsi, les personnages de ce roman, comme Jan Karski, ont existé et sont utilisés dans une fiction. Le problème auquel Binet est confronté est donc le même que celui rencontré par Littell et Haenel. Or, le procédé d’écriture qu’il utilise est pour le moins singulier. Guidé par une scrupuleuse rigueur, soucieux de ne rien dire qui ne puisse être vérifié ou vérifiable, Binet propose dans HHhH une réflexion sur le rapport entre réalité et fiction – entre Histoire et roman – qu’il mêle au récit de l’opération Anthropoïde. Chaque élément narré est pesé, justifié, questionné, dans un but clair, toujours privilégié : restituer avec justesse l’Histoire (ce qui s’est réellement passé) dans un roman (qui « fictionnalise »). Position ô combien complexe qui donne lieu à de multiples questionnements au sujet de sa démarche d’écrivain (questionnements faisant partie intégrante du roman). Binet avance en se méfiant du romanesque – il le laisse à distance tout en l’utilisant –, fait le choix du doute : « Cette scène est parfaitement crédible et totalement fictive, comme la précédente. Quelle imprudence de marionnettiser un homme mort depuis longtemps, incapable de se défendre. De lui faire boire du thé alors que si ça se trouve, il n’aimait que le café. De lui faire enfiler deux manteaux alors qu’il n’en avait peut-être qu’un seul à se mettre. (…) J’ai honte. »

De fait, Binet est lui-même élément du livre et ses interrogations font surgir quelques dialogues avec sa petite amie, par exemple, qui soulignent que l’auteur laisse peu à peu son sujet investir sa vie privée, le vampiriser. De même, il n’hésite pas à expliquer son choix, à lui trouver des origines : son service militaire en Slovaquie, sa relation avec son père, son intime attachement à la Résistance, sa romantique fascination pour Prague, etc. Ainsi, plus qu’un roman, HHhH est le journal de l’écriture du roman. Mais au lieu de lester le texte, le rendre illisible, les scrupules de l’écrivain apportent du volume au livre, adjoignent énormément d’intelligence, et n’entravent en rien9 le récit de cette douloureuse mais passionnante opération Anthropoïde. Car là encore, le roman s’écrit afin de rendre justice à des figures – Gabčík et Kubiš – qui par leurs actions, par leurs choix, ont positivement marqué l’Histoire10.

*

Bien entendu, ces quelques lignes n’ont d’autre but que de donner envie de lire ces trois romans – rien ici ne revendique une quelconque ambition scientifique. Si nous avons, autant que faire se peut, évité de prendre part au débat sur la légitimité du romancier face à l’Histoire (encore que certains éléments de l’article soulignent sans ambiguïté notre point de vue), c’est avant tout pour mettre en lumière l’écriture, le système narratif (le choix formel utilisé pour aborder un tel sujet), et par là même le principal intérêt de tout livre : sa qualité. Car s’il fallait retenir un seul point, c’est bien le plaisir de lecture que procurent Les Bienveillantes, Jan Karski et HHhH.

Les Bienveillantes de Jonathan Littell
Gallimard, coll. Folio (2008)
1401 pages

Jan Karski de Yannick Haenel
Gallimard, coll. L’Infini (2009)
186 pages

HHhH de Laurent Binet
Grasset (janvier 2010)
440 pages

Crédit photographique : éditions Gallimard, éditions Grasset, éditions Robert Laffont

  1. Bien qu’il ne s’agisse pas, loin s’en faut, de l’intention de ces quelques lignes, il semble nécessaire de rappeler que sans convoquer Aristote, la reproduction de la réalité n’est point la réalité. Nous sommes constamment confrontés aux limites du réel. Un documentaire touche plus au réel qu’une fiction ; les rôles sont nettement déterminés. Toutefois, la subjectivité, l’idiosyncrasie ou, plus simplement, ce que l’on appelle le ressenti, sont des éléments qui permettent – qui autorisent – une mise en doute du documentaire en tant que preuve. De fait, un document n’est pas plus réel qu’une fiction. Il s’agit avant tout d’une question de contrainte, de cahier des charges : le document doit s’approcher au maximum du réel, alors que la fiction ne doit rien (ou autre chose). []
  2. Comme on a pu le lire par exemple chez Stéphane Velut avec son difficile mais intelligent Cadence, roman qui, en choisissant la métaphore, en ne traitant pas de plein fouet l’Holocauste, passa plutôt inaperçu et ne suscita aucune polémique. []
  3. Sur les travaux consacrés à la Shoah, on pourrait imaginer une « échelle Lanzmann » de classement des ouvrages en fonction de l’avis du cinéaste… []
  4. En tant que narrateur, ce qui se lit dans le roman est dit par Aue. Aue dit la fiction. Mais ce qu’Aue dit, lorsqu’il ne parle pas de lui, sort, d’une certaine manière, du cadre fictionnel pour dire une vision de l’Histoire. []
  5. Mikhaïl Bakhtine est un théoricien russe de la littérature. On lui doit notamment Esthétique et théorie du roman et L’Œuvre de François Rabelais, deux livres s’interrogeant sur les origines du roman à travers son aspect carnavalesque. []
  6. Haenel a d’ailleurs reçu pour Jan Karski le prix Interallié 2009, un prix décerné chaque année à un journaliste… []
  7. Ce qui n’aurait pas été le cas avec un livre entièrement documentaire ou entièrement fictionnel. []
  8. C’est lui, par exemple, qui nomma l’efficace Eichmann. []
  9. Au contraire, découvrir tout en lisant pourquoi et comment l’auteur choisit de raconter tel ou tel pan de l’Histoire rend HHhH encore plus puissant. []
  10. Nous n’avons pas précisé ce qu’il advint des deux « héros », comme pour préserver le suspens romanesque : en acceptant leur mission, les deux résistants savaient qu’ils allaient mourir – et rien n’empêcha leur sacrifice. []

Une réflexion sur “La Seconde Guerre mondiale au regard du roman contemporain : les exemples Littell, Haenel et Binet

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