Jusqu’au 13 novembre 2010, La Pépinière théâtre

Jacques et Odile s’ennuient ferme dans leur vie de couple étriquée. Monsieur travaille, madame non ; leurs enfants sont élevés ; sans être riches, ils sont à l’aise. Leur quotidien se résume à peu de choses : le boulot de monsieur, les soirées télé et la relation sexuelle trimestrielle consentie par madame. Alors, pour duper l’ennui, ils décident d’entamer leurs économies pour s’acheter un couple d’amis. En journée, ils rangent Juliette et Guy dans un placard, mais le soir venu, ils les invitent dans leur salon afin qu’ils les divertissent.

Le thème des Amis du placard met l’eau à la bouche : on y devine un beau potentiel satyrique, la possibilité d’y dénoncer des êtres dénaturés par leur égocentrisme, baignant dans l’autosatisfaction et devenus monstrueux au point de penser que tout peut s’acheter, y compris l’amitié. D’ailleurs, Jacques et Odile sont tous les deux fats à souhait, défaut que, lui, agrémente d’une méchanceté bilieuse et, elle, d’une bêtise crasse. Juliette et Guy jouent les lèche-derrières à la perfection, préférant ce rôle d’amis sur mesure à la misère de leur vie d’avant. Bien sûr, très vite, l’harmonie de départ se fissure, Jacques et Odile veulent plus, toujours plus, de ces amis si cher achetés.

Un texte qui s’enferme

Et puis… Et puis pas grand-chose, car passé les prémices, force est de constater que la situation de départ n’avance pas beaucoup. Le texte ne fait évoluer aucun des personnages et tous les rebondissements tournent autour du même enjeu (Juliette et Guy ont déplu à Jacques et Odile – arriveront-ils à se rabibocher ?). Malgré quelques bons gags (notamment l’extraordinaire tentative de conversation littéraire lancée par Odile), la pièce devient répétitive.

La mise en scène souffre des lacunes narratives. Elle n’est pas assez folle pour transformer Les Amis du placard en comédie échevelée, ni assez dramatique pour exploiter la solitude et le désespoir des personnages – elle oscille dans un entre-deux insatisfaisant. Reste une solide direction d’acteurs : tous, dès la première minute, amènent des personnages forts et crédibles. Le tandem formé par Didier Bénureau et Romane Bohringer fonctionne très bien, Matthieu Rozé se sort avec les honneurs d’un rôle assez plat et Aliénor Marcadé-Séchan amène une agréable subtilité d’interprétation.

Gabor Rassov explique avoir écrit Les Amis du placard pour nous parler « des monstres du quotidien ». Mais, tel un placard un peu trop bien ordonné, la pièce ne se montre pas assez surprenante pour atteindre son but et révéler les monstres cachés et les vieux squelettes tapis dans l’ombre.

Les Amis du placard de Gabor Rassov, mise en scène de Pierre Pradinas, La Pépinière théâtre.
Avec : Didier Bénureau, Romane Bohringer, Aliénor Marcadé-Séchan et Matthieu Rozé.
Crédit photographique : Claire Besse.

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