Jusqu’au 16 janvier 2011, théâtre de la Porte-Saint-Martin

De La Flûte enchantée, tout le monde a entendu au moins l’envolée du célébrissime aria de la Reine de la nuit. Par contre, pour beaucoup, leur connaissance de l’opéra de Mozart s’arrête là. Avec cette adaptation délibérément populaire, Antoine Herbez affiche la volonté de rendre accessible à tous cette œuvre à la frontière du conte de fée et de la philosophie. Le choix est clair : privilégier une narration théâtrale et ludique, quitte à limiter les parties chantées aux principaux airs. Et ça marche !

Sur ordre de la Reine de la nuit, Tamino part à la recherche de sa fille, la princesse étant entre les mains du terrible Sarastro. Pour compagnon de route, il se voit attribuer Papageno, oiseleur hâbleur et trouillard. Un beau jeune homme qui doit libérer une belle jeune fille : rien que de très classique, si ce n’est que le livret de La Flûte enchantée ne va pas suivre le chemin tout tracé que laisse présager ce début. La Reine de la nuit est-elle vraiment la victime de Sarastro ? Celui-ci est-il un tyran craint de tous ou un homme dont la sagesse est reconnue par ceux qui l’entourent ? C’est ce que va découvrir – en plus de l’amour – Tamino.

Un univers drôlement magique

Sans éluder le drame en train de se jouer, Herbez puise dans les ressorts comiques de l’histoire : dès la venue des trois servantes de la Reine qui vont trouver Tamino, on comprend que c’est le sourire aux lèvres que l’on va découvrir cette Flûte enchantée. La suite ne le démentira pas : que cela soit l’astucieux stratagème utilisé pour faire taire Papageno ou l’attitude adolescente des gardes de Sarastro, le metteur en scène nous surprend et injecte de la vitalité sur le plateau. Il a aussi tenu à incorporer de la magie tout au long du spectacle, une idée judicieuse pour cet univers ou des fées, voire Merlin lui-même, n’auraient pas été dépaysés.

Pour cette version orientée vers le théâtre, comportant beaucoup plus de dialogues que dans l’opéra original, les chanteurs lyriques ont dû particulièrement travailler leur jeu d’acteur. La combinaison fonctionne et, s’ils sont tous d’un excellent niveau vocal, on retiendra les prestations de comédiens de Papageno, adorable pitre, et de Pamina, fraîche amoureuse à la passion tourmentée. Dans le rôle de Sarastro, Nicolas Audouze manque quelque peu de charisme, bien que son apport en tant que magicien dans le spectacle reste indéniable.

Sur scène, les parties musicales sont assurées par cinq musiciens qui participent à l’intrigue. Pour qu’ils puissent changer de costumes et jouer de petits rôles, le metteur en scène leur a imposé de connaître leurs partitions par coeur, pratique inhabituelle dont ils relèvent le challenge haut la main.

Du chant, de l’amour, du drame, du rire et de la magie – que peut-on demander de plus ? Cette Flûte enchantée réussit son pari : loin de lieux intimidants comme Garnier et Bastille, elle invite tout le monde à découvrir un conte avec une âme d’enfants et se surprendre à penser que l’opéra, en définitive, c’est chouette.

La Flûte enchantée de Amadeus Mozart, mise en scène d’Antoine Herbez, compagnie ECLA, théâtre de la Porte-Saint-Martin.
Avec : Émilien Marion (Tamino), Sophie Albert (Pamina), Ronan Debois (Papageno), Clémentine Decouture (Papagena), Nicolas Audouze (Sarastro), Éric Vignat (Monostatos), en alternance Fanny Crouet et Julie Mathevet (Reine de la nuit).
Crédit photographique : Philippe Rocher.

3 réflexions sur “La Flûte enchantée de Amadeus Mozart – L’Opéra populaire

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