Jusqu’au 23 octobre, théâtre des Abbesses

Jeune metteur en scène et compositeur russe, Vladimir Pankov a le vent en poupe. Après avoir travaillé avec des pointures du théâtre (notamment le britannique Declan Donnelan), il est depuis cinq ans à la tête du Studio Soundrama, une structure de son cru mêlant acteurs et musiciens. Il s’attaque aujourd’hui pour la première fois à Tchekhov et c’est avec curiosité que l’on attendait de découvrir son interprétation de ce dramaturge. Bien qu’inventive et agitée, cette Noce nous a laissé perplexes.

Beaucoup de monde se retrouve sur le plateau : non seulement une dizaine de musiciens (violoncellistes, contrebassiste, accordéoniste…), mais aussi de nombreux comédiens, car Pankov a choisi de démultiplier certains des personnages. Outre la présence physique de deux ou trois acteurs ou actrices pour un même rôle, il se sert aussi de ce procédé pour faire rejouer plusieurs fois les mêmes scènes. Peut-être pour souligner que nous naviguons tous dans les mêmes zones d’absurdités, que tous les couples vivent les mêmes moments ridicules. Pourquoi pas, mais la mécanique devient ici répétitive et fatigante, rendant inutilement confus un texte qui n’en demandait pas tant.

Lost in translation

C’est bien là où le bât blesse. Trop souvent La Noce laisse l’impression de favoriser le style et/ou les envies de la troupe plutôt que de servir la pièce de Tchekhov qui semble submergée sous un flot d’idées pas toujours compréhensibles. Et il faut dire que la troupe du Studio Soundrama ne manque pas de créativité et d’énergie ! Sur scène, ils dansent, chantent et jouent, s’amusent de la musicalité de la langue, le tout dans une fausse pagaille que l’on devine être en fait très organisée.

L’envie est là de les rejoindre dans leur élan, mais les codes utilisés ne sont pas toujours clairs, les émotions et intentions des personnages souvent ensevelies sous trop d’autres choses pour être accessibles. Alors, on reste à côté du spectacle, en se demandant si la fougue de la compagnie russe a du mal à nous toucher car elle serait basée sur des codes et un humour très différents du nôtre ou si ce spectacle est juste trop brouillon.

On retiendra de belles séquences de groupe (notamment le final) ainsi que quelques jolis personnages de comédie, comme la mère de la mariée ou le faux général. Il n’empêche que même en saluant l’esprit de recherche et la volonté de brassage des arts (danse, musique, théâtre) de Pankov, c’est un peu mince.

La Noce d’Anton Tchekhov, mise en scène de Vladimir Pankov, théâtre des Abbesses.
Avec : Gennadï Ovsiannikov, Gennadï Garbouk, Nikolaï Kiritchenko, Arnold Pomazan, Zinaïda Zubkova, Natalia Kotchetkova, Tamara Nikolaevna-Opiok, Svetana Anikej, Andrej Gladkij, Igor Denisov, Alla Dolgaja, Andreï Drobych, Dmitrï Yessenevitch, Svetlana Zelenkovskaya, Mikhail Zouy, Eugenia Kulbatchnaya, Tamara Mironova, Alexandre Moltchanov, Olga Nefiodova, Igor Petrov, Nina Piskareva, Sergeï Rudenia, Irina Rymorova, Anna Khitrik, Viktoria Tchavlytko, Andreï Zavodiuk
Crédit photographique : Vladimir Viatkine.

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