Jusqu’au 23 octobre 2010, théâtre des Amandiers

Un vieux couple, dont on n’ose pas compter le nombre des années, remplit son quotidien, présenté comme minuscule, des mêmes discussions. Des échanges et des blagues qu’ils se sont répétés encore et encore au fil de leur vie commune et auxquels ils se raccrochent alors que la mort se rapproche. La vie pourrait s’effiler ainsi jusqu’à la fin, mais ils décident d’organiser une grande réception.

Comme souvent chez Ionesco, le fond de la pièce évoque des sujets sombres, tels que la solitude ou le manque de reconnaissance, mais ces thématiques sont explorées sous couvert d’absurde et de ridicule. Une grande partie du charme de son œuvre réside dans le décalage ainsi créé. Et c’est bien pour cela que le choix de mise en scène de Luc Bondy pour ces Chaises laisse perplexe : d’entrée de jeu, il amène un univers triste, voire glauque. Au lieu de découvrir peu à peu que quelque chose cloche dans ce vieux couple, le spectateur comprend tout de suite qu’ils sont fous et que cela va mal finir. Les dés sont pipés, la pièce ne donne pas l’impression d’évoluer, l’humour est perdu et l’ennui s’installe.

Noir c’est noir

La symbolique trop appuyée n’aide pas : les deux nœuds coulants qui pendent de chaque côté de la scène pendant l’intégralité des Chaises ne laissent aucun doute sur la proximité de la Grande Faucheuse. Les flaques d’eau qui jonchent le plateau renvoient à un monde misérable et insalubre, insistant inutilement sur le manque de réussite sociale des protagonistes. Autant de morbidité est bien redondant par rapport au texte.

En comédiens accomplis, Micha Lescot et Dominique Reymond se sont pliés à un saisissant travail sur le corps pour reproduire les gestes, les tics et les intonations de personnes âgées. Si leurs performances sont réussies, il n’en reste pas moins que le choix de jeunes acteurs apparaît ici aléatoire. Grimés, méconnaissables, leur jeunesse est gommée : alors pourquoi ne pas avoir pris des interprètes plus proches de l’âge des personnages ? Ou si Lescot et Reymond avaient joué sans maquillage afin d’accentuer encore le trouble de la situation, Bondy aurait pu ainsi donner une autre dimension à leur jeu, mais leur vieillissement réaliste empêche ce décalage. Les rares passages où la mise en scène devient plus physique, incorporant un peu de danse, ne justifient pas vraiment cette distribution, certes talentueuse mais décalée.

Alors que la précédente création du tandem Bondy/Lescot, La Seconde Surprise de l’amour, était enthousiasmante, Les Chaises ne se révèle pas à la hauteur des attentes qu’ils avaient su créer. Même si cette production est décevante, ce n’est pas le talent qui leur manque et l’on reste prêt à découvrir une éventuelle troisième collaboration si l’envie leur en prenait…

Les Chaises d’Eugène Ionesco, mise en scène de Luc Bondy, théâtre des Amandiers.
Avec : Micha Lescot, Dominique Reymond et Roch Leibovici.
Crédit photographique : Pascal Victor.

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