Jusqu’au 13 février 2011, théâtre des Gémeaux

Dans un décor sobre, trois portes en fond de scène. Quand la tempête d’ouverture se déclenche, les portes se mettent à grincer et gémir tel un navire chahuté par les intempéries, puis elles s’ouvrent et révèlent des marins et leurs voyageurs menant un combat dérisoire contre une mer déchaînée. En arrosant véritablement les comédiens d’eau, Declan Donnellan introduit tout de suite l’intensité dramatique de l’histoire. La suite confirme son habituel sens aigu de l’esthétisme, comme l’élégante image de Ferdinand nageant dans les fonds marins. Cette Tempête est belle, mais froide : les passions qu’elle porte ne nous atteignent pas vraiment.

Cette pièce de Shakespeare est réputée pour sa complexité – certains y voient son chant du cygne, une ultime œuvre dans laquelle le dramaturge aurait voulu mettre tout son savoir-faire. Elle peut aussi passer pour un spectacle fourre-tout manquant de cohérence selon la façon dont elle est mise en scène. Qui plus est, l’histoire paraît datée, avec sa réflexion assez caricaturale sur les habitants du Nouveau Monde à travers les personnages de Caliban et Ariel. Dans son travail, Donnellan n’a malheureusement pas su éviter tous les écueils de La Tempête, en particulier quand il s’agit de rendre l’histoire compréhensible à un public qui ne serait pas déjà familier avec la pièce. Hormis les rôles principaux, les personnages sont peu caractérisés et l’on se perd facilement au petit jeu de qui est qui, ce qui complique inutilement l’intrigue.

Des choix inégaux

Certains choix sont surprenants et bien vus, telle la scène où le duo comique composé par Trinculo et Stefano se retrouvent parachuté dans un magasin de mode. Ou encore, lorsque Ferdinand est mis à l’épreuve par Prospero, quelle excellente trouvaille que de faire jouer le bois qu’il doit transporter par Ariel, l’esprit de l’île ! D’autres idées semblent inabouties : ce même Ariel est interprété au début de La Tempête par plusieurs acteurs, cette multiplicité renforçant l’aspect magique du personnage ; mais rapidement l’un des comédiens se détache et les autres semblent relégués au rang de simples musiciens, sans raison apparente. Quant aux semeuses qui apparaissent au moment de la danse des esprits, l’effet est trop décalé pour faire mouche.

Les tableaux sont soignés et souvent très beaux, même si l’utilisation ponctuelle de projections vidéo est questionnable, car les images n’apportent pas d’information supplémentaire et distancient le public encore un peu plus de ce qui se passe sur scène. Cela vient souligner le déséquilibre de cette production : enfermés dans une esthétique lisse et parfois posée, les comédiens peinent à communiquer leurs émotions et nous laissent froids. Une jolie Tempête, mais pas assez déchaînée en sentiments.

La Tempête de William Shakespeare, mise en scène de Declan Donnellan, théâtre des Gémeaux.
Avec : Igor Yasulovitch (Prospero), Anna Khalilulina (Miranda), Andrey Kuzichev (Ariel), Alexander Feklistov (Caliban), Mikhail Zhigalov (roi de Naples)
Crédit photographique : Vincent Pontet – Wikispectacle

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